« Pour la Swiss League, il est minuit passé », prévient Urs Kessler
Le président de Swiss Ice Hockey Urs Kessler veut renforcer l'assise du hockey sur glace en Suisse.
Photo: KEYSTONE/CLAUDIO THOMAPrésident de Swiss Ice Hockey depuis six mois, Urs Kessler fait face à de nombreux défis. L'heure pour la fédération est à l'autocritique, concède-t-il dans une interview à Keystone-ATS.
Urs Kessler, lorsque Martin Steinegger vous a proposé à fin 2024 de reprendre la présidence de Swiss Hockey League, votre première réaction, spontanément, a été négative. Qu'est-ce qui vous a finalement amené à accepter cette tâche exigeante?
'Après 38 ans de carrière aux Chemins de fer de la Jungfrau, dont 17 comme CEO marqués par la réalisation d'un mega-projet à plus de 500 millions de francs, je m'étais dit que le moment était venu de profiter de la vie, plutôt que de me lancer tout de suite de nouveaux grands défis. Je connaissais les difficultés rencontrées par mes divers prédécesseurs à la tête de la fédération, dont les structures sont complexes. Mais à la fin, ma passion pour le hockey a pris le dessus. Je suis alors allé me présenter aux 14 directeurs des clubs de National League. Et quand ils m'ont tous plébiscité, en février 2025, je ne pouvais plus dire non.'
D'où vient votre passion pour le hockey sur glace?
'Le père de mon épouse a joué au plus haut niveau. Pour ma part, je n'étais pas assez talentueux mais j'ai toujours aimé ce sport. J'apprécie la vitesse de ce sport et son côté 'terre à terre'. A ce titre, il offre quelques similitudes avec la lutte suisse.'
'Chacun cultive son pré-carré'
Dans quelle mesure votre grande expérience en matière de leadership vous aide-t-elle?
'Conduire une entreprise est tout autre chose que d'être à la tête d'une fédération. Certes, dans le tourisme, de nombreuses opinions s'opposaient déjà. Mais en hockey, presque chacun est un expert. J'ai dû apprendre à chercher en permanence des compromis, même s'il est impossible de satisfaire tout le monde. Il existe beaucoup d'intérêts particuliers dans les différentes ligues. C'est très dur d'arriver à ce que tout le monde tire à la même corde. En Swiss League, un des grands défis est qu'il est extrêmement difficile d'obtenir la promotion. La National League est en effet une ligue pour ainsi dire fermée. Pour cette raison, la Swiss League a perdu un peu de son attrait. Et sans promotion-relégation, l'écart avec l'échelon supérieur se creuse encore. Chacun cultive son pré-carré. Or, il conviendrait de toujours garder à l'esprit l'intérêt général du hockey suisse.
Est-il possible de trouver un compromis avec la National League?
'J'ai coutume de dire que le plus grand péril pour l'avenir vient des succès du présent. Lorsque les choses ne vont pas bien, les gens sont beaucoup plus enclins à coopérer. En ce moment, la National League se porte bien, le produit est en plein essor. Les clubs suisses ont remporté deux trophées en Ligue des champions. Le niveau s'est élevé. Mais à long terme, il faut se soucier de la base. C'est ce qui nous différence des pays scandinaves. Ceux-ci bénéficient d'une assise beaucoup plus large. Nous devons penser à long terme, à l'horizon 2035 par exemple. Je suis de près l'évolution de l'équipe nationale des M18 (reléguée en 2e division). Nous devons veiller à ne pas perdre le contact et à poser les jalons pour la prochaine génération.'
'Cela ne peut plus continuer comme ainsi'
Que peut faire la fédération pour renforcer la notion d'intérêt général?
'Nous devons faire preuve d'autocritique et nous améliorer dans tous les domaines. Etre plus efficaces. Une collaboration couronnée de succès nécessite l'engagement des deux parties, la National League et la fédération. Une société anonyme (SA) du hockey suisse - tout le monde sous un même toit - aurait pour effet de cimenter l'esprit d'équipe et de diminuer les frictions.'
Quel serait votre scénario idéal pour la National League et la Swiss League?
'Idéalement, que chacune compte douze équipes. Mais pour le moment, ce n'est pas réaliste, la peur d'être relégué est trop forte. Mais nous avons besoin d'une deuxième division forte et professionnelle, dans une forme qui reste à définir. Toutes les variantes doivent être mises sur la table. Je pourrais m'imaginer une formule avec des clubs fermes ou des juniors. La Swiss League doit faire l'objet d'un nouveau positionnement. Il faut revoir sa commercialisation. Il y a urgence. Le système actuel nous fait perdre beaucoup de joueurs, ceux qui n'arrivent pas tout à fait à accéder au plus haut niveau. Or il convient de les garder. Car de nombreux joueurs ont besoin de temps pour s'épanouir. A mes yeux, il n'est pas minuit moins cinq, mais minuit cinq. Pratiquement n'importe quelle solution serait meilleure que le statu quo. Une possibilité serait d'avoir 20 équipes en 2e division - dix à l'est, dix à l'ouest. Les derbies renforcent l'attractivité. Nous devons trouver un compromis. Cela ne peut plus continuer comme ça.'
Que peut faire la fédération pour renforcer la Swiss League?
'Des investissements sont nécessaires dans les infrastructures pour améliorer la couverture télévisée. Trouver de nouveaux sponsors est une tâche exigeante. Nous avons engagé Burger King, mais il en faut d'autres. Et nous devons améliorer la communication à l'interne, entre les ligues et le secteur amateurs.'
Dans quelle mesure regrettez-vous le départ de Patrick Fischer du poste de sélectionneur national?
Déclencher l'enthousiasme
'Il est toujours difficile de trouver le bon moment pour partir. Je regrette beaucoup ce départ. Patrick Fischer est le sélectionneur suisse qui a eu le plus de succès de l'histoire. Avec Lars Weibel (le directeur des équipes nationales, qui s'en va également), il a notamment toujours su faire en sorte que les joueurs de NHL portent le maillot national. (...) Jan Cadieux (le successeur de Fischer) a un très grand palmarès. Je suis sûr que nous sommes sur la bonne voie. Mais il se trouve devant un très grand défi.'
Quel devra être l'héritage laissé par ce Mondial 2026 à domicile?
'Il devra susciter l'euphorie. J'y vois une grande chance de motiver de nombreux jeunes pour la pratique du hockey. Il est important que cela se passe non seulement dans les régions où sont établis les grands clubs, mais aussi en périphérie. Une médaille serait déjà un bon résultat, car la pression sera plus forte que lors d'un Championnat à l'étranger.'
/ATS