Liban: le chef de l'ONU appelle à « arrêter la guerre », en vain
Des secouristes évacuent une dépouille d'un appartement détruit par un bombardement israélien vendredi dans le port de Sidon, au sud du Liban.
Photo: KEYSTONE/AP/Mohammed ZaatariLe secrétaire général de l'ONU a exhorté vendredi Israël et le Hezbollah à 'arrêter la guerre' au Liban, où le dernier bilan fait état de 773 morts, dont 103 enfants. Israël menace ce pays de nouvelles destructions s'il ne désarme pas le mouvement chiite pro-iranien.
Antonio Guterres, qui s'exprimait de Beyrouth, a aussi lancé un appel de fonds d'urgence à hauteur de 325 millions de dollars (283,4 millions d'euros) pour aider la population libanaise, maintenir et renforcer l'aide vitale au cours des trois prochains mois, notamment en 'alimentation, eau propre, services de santé, éducation'.
Alors que l'armée israélienne intensifie ses frappes contre le Hezbollah, le président libanais, Joseph Aoun, a lui indiqué en rencontrant Antonio Guterres ne pas avoir 'reçu de réponse' à sa récente proposition de négocier directement avec Israël, sous parrainage international, pour mettre fin aux hostilités.
'J'appelle avec force les deux parties, le Hezbollah et Israël, à (conclure) un cessez-le-feu afin d'arrêter la guerre', avait auparavant déclaré le chef de l'ONU.
'J'espère sincèrement que lors de ma prochaine visite (...) je pourrai voir un Liban en paix (...) où l'État détient le monopole de la force et où l'intégrité territoriale est pleinement rétablie et respectée', avait-il ajouté.
Près de 800 morts
Le Hezbollah a entraîné le pays dans la guerre régionale le 2 mars, en lançant des missiles sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour de l'attaque israélo-américaine contre l'Iran.
Le dernier bilan fait état de 773 morts, dont 103 enfants, et 1933 blessés depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah, a annoncé vendredi le ministère de la Santé. Quelque 800'000 personnes ont été déplacées.
Liban menacé de perdre des territoires
Au même moment, le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a menacé vendredi de faire payer au Liban 'des prix de plus en plus élevés en dommages aux infrastructures et en perte de territoire - jusqu'à ce qu'il remplisse son engagement central de désarmer' le Hezbollah.
Les civils paient déjà un lourd tribut. A Irkay, sur la côte sud, Mohammad Taqi, le visage couvert de blessures, a enterré vendredi ses quatre filles tuées la veille dans une frappe sur leur maison qui a fait neuf morts, selon les autorités. Des images de l'AFP montrent l'habitation pulvérisée.
'L'ennemi israélien prétend chaque jour cibler les infrastructures. Est-ce que ça, c'est des infrastructures?', demande M. Taqi, en désignant les corps de ses enfants, enveloppés de draps blancs. 'J'ai perdu mes quatre filles (...). Je n'en ai plus d'autres', dit-il effondré, ajoutant que cinq autres membres de sa famille ont péri dans l'attaque.
Pont sur le Litani détruit
Des bombardements ont par ailleurs détruit à l'aube un pont sur le Litani, qui traverse le sud du Liban, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).
Il 'constituait un point de passage crucial' pour le Hezbollah, qui l'utilisait 'pour se déplacer du nord au sud du Liban, renforcer ses positions et se préparer aux combats', a affirmé l'armée israélienne.
Cette dernière, qui a mené des incursions terrestres côté libanais, a appelé les habitants du sud du Liban à évacuer à plus de 40 kilomètres de la frontière.
Le Herbollah a de son côté revendiqué de nouvelles attaques contre Israël vendredi. Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran, ont eux annoncé tirer des missiles et drones sur Israël avec le Hezbollah.
Milliers de tracts
A Beyrouth, des avions israéliens ont largué des milliers de tracts dans un fracas semblable au bruit d'une explosion, semant la panique, ont constaté des journalistes de l'AFP.
'Le (sort du) Liban relève de ta décision et de personne d'autre', affirment les tracts, exhortant les Libanais 'à désarmer le Hezbollah, bouclier de l'Iran'.
L'armée israélienne a par ailleurs poursuivi ses attaques nocturnes, ciblant un appartement dans un immeuble résidentiel de la banlieue nord de la capitale, près de Bourj Hammoud, une zone jusque-là épargnée par les bombes.
D'autres régions du pays ont été bombardées dans la nuit: huit personnes ont été tuées dans un immeuble près de Saïda (sud), de même que les deux fils d'un responsable local d'un groupe islamiste, qui était visé, dans la localité de Bar Elias (est), a rapporté l'Ani.
/ATS