Monaco: le pape Léon XIV dénonce les abîmes entre pauvres et riches
Le pape Léon XIV a célébré une messe dans le stade Louis II de Monaco.
Photo: KEYSTONE/AP/Laurent CiprianiDepuis Monaco, principauté catholique surtout connue pour son opulence, le pape Léon XIV a dénoncé samedi le creusement 'des abîmes entre pauvres et riches'. Il a rappelé l'attachement de l'Eglise à la défense de la vie lors d'une messe aux accents solennels.
Cette visite de moins de neuf heures, la première d'un pape depuis près de 500 ans dans ce micro-Etat méditerranéen de moins de 2 km2 et 39'000 habitants, n'a pas mobilisé les foules espérées de France ou d'Italie voisines, mais elle a permis à l'Eglise de Monaco de mettre en lumière une diversité dépassant les clichés.
Venu de Rome en hélicoptère pour éviter le casse-tête diplomatique d'un atterrissage en territoire français à Nice, le pape a été accueilli par le prince Albert II et la princesse Charlène, sous un soleil radieux.
'Redistribuer'
Depuis le balcon du palais princier, face à plus de 5000 personnes, il a abordé sans détour la réalité financière de ce territoire surtout connu pour ses casinos, ses milliardaires et son immobilier aux prix vertigineux, même si le catholicisme y est religion d'Etat.
S'exprimant en français, malgré une prononciation pas toujours fluide, il a fustigé 'les configurations injustes du pouvoir, les structures de péché qui creusent des abîmes entre pauvres et riches, entre privilégiés et rejetés, entre amis et ennemis'.
'Chaque talent, chaque opportunité, chaque bien mis entre nos mains a une destination universelle, un devoir intrinsèque de ne pas être retenu mais redistribué', a-t-il insisté.
'Sa place dans le monde'
Léon XIV, qui a passé une vingtaine d'années comme missionnaire dans les régions pauvres du Pérou, s'inscrit dans la lignée de son prédécesseur François en matière de justice sociale et de lutte contre les inégalités et dans l'héritage de la doctrine sociale de l'Eglise élaborée à la fin du XIXe siècle par Léon XIII.
Le pape a directement interpellé les Monégasques, dont certains l'écoutaient une coupe de champagne à la main depuis les balcons d'appartements privés: 'Vivre ici est pour certains un privilège et pour chacun un appel spécifique à s'interroger sur sa propre place dans le monde'.
Il y a un 'impératif de solidarité de la part de ceux qui ont le plus de moyens', a reconnu le prince Albert II, qui a pour sa part consacré une partie sa fortune et de son entregent à la protection de l'environnement.
Cornes de brume
Dans les rues de Monte-Carlo, lustrées mais hérissées des grues de nombreux chantiers immobiliers, les panneaux à l'effigie de Léon XIV contrastaient avec les voitures de sport rutilantes, les boutiques de luxe et le flot des participants à un congrès international de médecine esthétique, qui s'est achevé samedi de l'autre côté de la principauté.
Mais la ferveur des 1500 jeunes qui ont accueilli le pape devant l'église Sainte-Dévote, patronne de Monaco, a été contagieuse. Et les bateaux du port, dont beaucoup de yachts, ont ajouté à l'ambiance en saluant le pape avec leurs cornes de brume.
Prendre soin de la vie
Pour la messe dans l'après-midi, en présence de 15'000 fidèles, le recueillement et les sages applaudissements sont restés de mise, loin des acclamations aux allures de concert rock qui accompagnent souvent les messes des déplacements papaux.
Dans son homélie, Léon XIV a réaffirmé la position de l'Eglise catholique sur les questions de bioéthique - euthanasie et avortement - invitant à prendre 'soin de chaque existence humaine, depuis son apparition dans le sein maternel jusqu'au moment où elle se flétrit et dans toutes ses fragilités'.
Monaco a renoncé l'an dernier à légaliser l'avortement et renforcé les soins palliatifs en rejetant l'aide à mourir. Il reste l'un des derniers pays européens en phase avec cette doctrine.
Dans une allusion à la situation internationale, le pape, très discret sur la guerre au Moyen-Orient, a fustigé 'l'action occulte d'autorités puissantes, prêtes à tuer sans scrupule', sans citer aucun pays.
'C'était magnifique', a réagi après la messe Wendy Lauwers, chic marchande d'art belge de 60 ans, sous le charme, alors que le pape repartait en hélicoptère. 'On avait beaucoup entendu que s'il venait ici c'était pour parler aux riches. Mais il a été très accessible, gentil, ouvert. Il nous dit 'ok, vous êtes privilégiés mais restez humbles''.
/ATS