Venise: Aragno explore un film de Godard de manière immersive
Le cinéaste neuchâtelois Fabrice Aragno expose à la Biennale d’art de Venise cette année. (Archives)
Photo: Keystone/JEAN-CHRISTOPHE BOTTLe cinéaste neuchâtelois Fabrice Aragno présente à la Biennale de Venise une installation inspirée du 'Livre d'image' de Jean-Luc Godard. Intitulée 'Sentiments Signes Passions', l'œuvre prolonge un travail de vingt ans avec le réalisateur de la Nouvelle Vague.
'Nous avons exploré ensemble de nouvelles formes d'image, de son, de montage et de dispositifs numériques', explique Fabrice Aragno à Keystone-ATS depuis un hôtel à Modène (I), où son film 'Le lac' a été sélectionné.
Le projet 'Sentiments Signes Passions' prend pour point de départ le 'Livre d'image', dernier long-métrage de Godard, récompensé par une Palme d'or spéciale à Cannes en 2018. 'Nous sommes à l'intérieur du film pendant sa fabrication', explique-t-il.
L'installation, à découvrir dès samedi à Venise et jusqu'à fin novembre, propose ainsi de 'démonter' le film pour le redisposer dans l'espace, sous forme d'une 'forêt d'images et de sons'. Le dispositif repose sur un système technique complexe associant ordinateurs, algorithmes et projections.
'Un ordinateur central dirige une vingtaine de machines comme un chef d'orchestre', décrit Aragno. Les images sont projetées sur des tulles, permettant une déambulation physique au sein des projections.
Guerres, ruptures et espoirs
A Venise, l'œuvre sera présentée dans la poudrière du Forte Marghera. 'L'histoire de ce lieu résonne de manière phénoménale avec ce projet', affirme Aragno, évoquant une humanité façonnée par les guerres, les ruptures et les espoirs.
Dans cet espace, le visiteur traversera une succession de voiles d'images avant de découvrir une perspective d'ensemble. 'Cheminer à travers 'Sentiments Signes Passions', c'est entrer physiquement dans son regard', dit-il, en référence à Godard.
L'installation a été vue par l'auteur d''A bout de souffle', qui lui avait donné carte blanche et même suggéré le titre. L'installation initiale, présentée pour la première fois en 2020 à Nyon dans le cadre du festival Visions du Réel, était composée de téléviseurs et de haut-parleurs, s'inspirant directement de la salle de montage du réalisateur.
Dans une vidéo, Jean-Luc Godard l'avait alors qualifiée de 'projection vivante', une formule qui deviendra le fil conducteur du projet.
Un dispositif mouvant
Après la disparition du cinéaste franco-suisse en septembre 2022, Fabrice Aragno transforme profondément son dispositif. 'Pour conjurer la mort, pour poursuivre la création, pour partager', explique-t-il.
Invitée à Venise par la commissaire Rasha Salti, cette installation s'inscrit dans un parcours international déjà dense, à la Haus der Kulturen der Welt en marge de la Berlinale, puis dans une nouvelle version au théâtre de La Ménagerie de verre à Paris avant de rejoindre Lisbonne, le Mexique ou Tokyo.
Les spectateurs ne voient jamais exactement le même dispositif. Chaque version s'adapte au lieu qui l'accueille. Grâce à un système informatique complexe, les images et les sons se recomposent en permanence. 'C'est un immense jeu de probabilités, joué au présent', souligne l'artiste.
/ATS