Cryptomonnaies: Binance fait état d'une cyberattaque massive
Plusieurs spécialistes ont fait état de détournements colossaux sur la plateforme Binance, après un piratage informatique (archives).
Photo: KEYSTONE/AP/Matt SlocumLa plateforme d'échanges de cryptomonnaies Binance a fait état jeudi d'un piratage informatique massif. Elle a estimé le préjudice à 6,3 milliards de dollars, la moitié des fonds ayant été gelés pour empêcher un vol massif.
Binance a publié sur le réseau social X plusieurs messages contradictoires, assurant d'abord que tous les fonds déposés par les clients sur son site étaient 'totalement à l'abri', avant d'annoncer, un peu plus tard, qu'elle couvrirait 'toutes les pertes'.
La plateforme a ensuite indiqué que 'le montant total impacté était d'environ 6,3 milliards de dollars'. 'Nous avons travaillé avec des partenaires spécialisés en blockchain pour geler les actifs concernés; environ 3 milliards de dollars ont été gelés on-chain [bloqués sur la blockchain, ndlr] jusqu'à présent', ajoute le communiqué.
Si le montant du préjudice est confirmé, ce serait quatre fois le vol le plus important enregistré à ce jour, soit celui de 1,5 milliard de dollars en février 2025 sur la plateforme Bybit attribué à des pirates affiliés à la Corée du Nord.
Opérations suspendues
Vers 01h30 vendredi (heure en Suisse), Binance a fait savoir que 'tous les dépôts et les retraits' étaient 'suspendus temporairement'. 'Ce montant pourrait continuer à augmenter à mesure que nos équipes collaborent étroitement avec les autorités, les émetteurs, les sociétés d'analyse de données et des partenaires de l'industrie pour identifier et geler des actifs supplémentaires' susceptibles d'avoir été visés, a ajouté Binance.
'Cela ressemble à une cyberattaque sur Binance', a commenté sur X Changpeng Zhao, ancien patron de la plateforme qui n'occupe plus de fonctions opérationnelles, mais reste encore actionnaire majoritaire du groupe. Il a estimé que les pertes liées à cet assaut pourraient être 'un peu plus élevées' qu'un milliard de dollars.
Le patron de Tether, société émettrice notamment d'une cryptomonnaie appelée USDT, la troisième devise numérique par le volume en circulation (180 milliards de dollars environ), a annoncé avoir gelé pour environ 1,6 milliard de dollars de ces actifs 'en lien avec une potentielle attaque' sur Binance.
Quant au directeur général de Circle, qui supervise la cryptomonnaie USDC, il a fait part de l'immobilisation d'environ 800 millions de dollars. L'USDT et l'USDC sont des 'stablecoins', c'est-à-dire des monnaies électroniques dont la valeur est adossée à une devise traditionnelle, en l'occurrence le dollar.
Les cryptomonnaies chutent
Durant plusieurs heures, avant que Binance ne confirme l'attaque vers 00h30, plusieurs spécialistes avaient affirmé que des pirates s'étaient introduits sur la plateforme.
Dans ce contexte, les cours de toutes les cryptomonnaies majeures ont brièvement décroché, à l'exception des stablecoins qui ne peuvent, par définition, fluctuer que dans des marges très réduites.
Après avoir dégringolé de près de 5% en fin de séance américaine, le bitcoin se reprenait et ne perdait plus que 0,83% vers 06h00, tandis que l'ether s'affichait en léger repli de 0,81%. Le BNB, cryptomonnaie émise par Binance, rebondissait de 2,67% après avoir fondu de près de 10%.
La cyberattaque sur Binance intervient alors que plusieurs observateurs s'inquiètent de voir les capacités des modèles d'intelligence artificielle (IA) mettre en péril la cryptographie et les protocoles de sécurité informatique.
D'aucuns ont ainsi vu dans une percée, annoncée indépendamment cette semaine par OpenAI et Anthropic sur un même concept informatique, un premier signe tangible d'un tournant.
En réfutant l'hypothèse dite du temps exponentiel (ETH), ils ont ainsi laissé entrevoir la possibilité d'une simplification du décryptage des protocoles de chiffrement, même si rien de pratique ne peut être tiré de cette démonstration dans l'immédiat.
Or, le protocole de la blockchain, fondement des cryptomonnaies, s'appuie sur la cryptographie pour garantir l'inviolabilité théorique du système et la sécurité des transactions.
/ATS