À Carouge, Un Tartuffe brûlant d’actualité
Le Théâtre de Carouge présente Tartuffe de Molière, dès mardi et jusqu’au 2 avril. Son directeur, Jean Liermier, signe la mise en scène. Pour lui, le texte vieux de 360 ans résonne avec une acuité troublante.
Le degré d’actualité de Tartuffe – «c’est même bouleversant», résume Jean Liermier. Créée en 1669 par Molière, la pièce avait provoqué un scandale. «Il s’attire les foudres du pouvoir parce qu’il attaque les curés», les dévots lui tombent dessus, rappelle Jean Liermier. Tartuffe sera alors interdite. «Pendant plusieurs années, il a essayé de revenir auprès du roi en faisant trois versions différentes pour pouvoir la jouer.»
Au cœur de la pièce: l’emprise. «Concernant l’emprise d’un homme sur un autre homme, qui va faire exploser la cellule familiale», souligne Jean Liermier. Orgon, fragilisé, s’en remet à Tartuffe. «Il va faire preuve d’un aveuglement qui va le couper à toute possibilité de discernement.»
Pour le metteur en scène, la résonance contemporaine est évidente. «Ce sont des thèmes liés à la résistance de celles et ceux qui contrent ce pouvoir et de ces gens qui profitent d’un système.»
Molière, génie du langage
Sur scène au Théâtre de Carouge, une distribution «éblouissante»: Philippe Goin dans le r ôle-titre, Gilles Privat en Orgon, Bénédicte Amsler Denogent, Raphaël Archinard, Gaspard Bœsch, Muriel Mayette-Holtz, Raphaël Vachoux et Christine Vouilloz.
«Le travail sur la langue est immense. On est en alexandrins, avec des mots qui ont changé de sens», synthétise Jean Liermier, Malgré le degré de difficulté, le défi est relevé. «Ce ne sont plus des mots qu’on retrouve dans les bouquins d’école. Ça devient de la pensée en mouvement», image Jean Liermier avant de conclure en rendant hommage à Jean-Baptiste Poquelin: «l’encre de Molière n’est pas tout à fait sèche».