Edvard Munch et Maria Lassnig en dialogue au Kunsthaus de Zurich
Des doubles portraits du peintre norvégien Edvard Munch et de l'artiste viennoise Maria Lassnig juxtaposés au Kunsthaus de Zurich.
Photo: KEYSTONE/MICHAEL SCHMIDUne double exposition met en dialogue Edvard Munch et Maria Lassnig dès vendredi au Kunsthaus de Zurich. Près de 150 oeuvres révèlent les parallèles frappants entre le peintre norvégien et l'artiste autrichienne, pour lesquels l'art était indissociable de la vie même.
'Ils peignent pareil', s'enthousiasme Hans Dieter Huber, auteur d'une biographie de Munch, en entretien avec Keystone-ATS. Lorsque le chercheur a approché voici quelques années la collection de la Fondation Maria Lassnig à Vienne, il est frappé par cette évidence. C'est là qu'il conçoit l'idée d'une exposition commune.
Edvard Munch (1863-1944) et Maria Lassnig (1919-2014) ne se sont jamais rencontrés. Mais tant leur démarche artistique que leur biographie montrent de nombreuses concordances, qui s'expriment dans des thématiques communes et le recours expressif à la couleur.
Cette approche unique vaut d'ailleurs à Munch d'être considéré comme le précurseur du mouvement expressionniste, un terme pourtant absent de l'exposition. Pour Hans Dieter Huber, cette étiquette est dépassée. Le peintre norvégien, comme Maria Lassnig, ont peint ce qu'ils ressentaient.
Introspection
Le sous-titre de l'exposition 'Flux pictural = flux vital' renvoie à un tableau de Lassnig datant de 1996. Il souligne l'idée centrale et commune aux deux artistes, celle de la peinture comme forme d'introspection et de questionnement du monde.
Les deux peintres s'intéressent au corps, à la vulnérabilité humaine, à la maladie, à la mort et au lien avec la nature, souligne le Kunsthaus. Leurs oeuvres, juxtaposées selon un parcours thématique, abordent ainsi l'autoportrait et le portrait, les relations entre les sexes, l'intériorité, le deuil mais aussi la nature extérieure ou encore les animaux.
Outre une palette similaire et des combinaisons de couleurs récurrentes, Munch et Lassnig partagent des éléments biographiques, observe la curatrice Sandra Gianfreda. Ils ont vécu la mort de leur mère comme un traumatisme et eu des relations difficiles avec le sexe opposé: 'tous deux se sont décidés pour l'art, contre l'amour'.
Référence explicite
Maria Lassnig fait une référence directe au peintre norvégien dans sa toile 'Chaîne de tradition', datée de 1983. La Viennoise s'y met en scène avec Diego Velazquez, Vincent van Gogh et Munch lui-même, évoquant une sorte de 'lignée artistique'. Longtemps invisible, ce tableau a pu être localisé dans une collection privée pour l'occasion.
L'oeuvre du maître norvégien se distingue toutefois dans ce qu'elle explore les profondeurs des émotions humaines, selon le musée zurichois. La 'grande dame' de la peinture autrichienne met, elle, l'emphase sur la perception immédiate de son propre corps, comme l'illustre sa série de 'tableaux des sensations du corps'.
'L'exposition permet de voir Munch avec les yeux de Lassnig', écrit le Kunsthaus, qui rappelle posséder la plus grande collection d'oeuvres de Munch en dehors de la Norvège. Fruit d'un partenariat avec la Kunsthalle de Hambourg, elle a d'abord été présentée dans la ville hanséatique avant de prendre ses quartiers en Suisse.
'Maria Lassnig et Edvard Munch. Flux pictural = flux vital' est à voir du 02 octobre 2026 au 21 février 2027.
www.kunsthaus.ch/fr/besuch-planen/ausstellungen/maria-lassnig-und-edvard-munch/
/ATS