«Freedom»: dix ans dans les pas d’une migrante érythréenne, de l’exil à la liberté
Dans son nouveau documentaire, la réalisatrice et journaliste Anne-Frédérique Widmann raconte le parcours d’une Érythréenne arrivée seule à Genève à l’adolescence. Un récit de migration, mais aussi d’émancipation et de conquête de la liberté.
Shewit a treize ans en 2015 lorsqu’elle arrive au Foyer de l’Étoile à Genève, après un parcours de souffrances depuis son Érythrée natale: traverser seule le désert, puis la Méditerranée.
À Genève, sa route croise celle d’Anne-Frédérique Widmann, réalisatrice et journaliste. Pour Shewit, un autre voyage commence. Car la réalisatrice va suivre la jeune femme sur la durée, pour en faire un film.
Il y sera question, bien sûr, de cette aventure dangereuse, qui passe par la Libye, où Shewit est retenue prisonnière et confrontée à de nombreuses violences. «Moi, j’étais un insecte pour les trafiquants d’êtres humains», raconte-t-elle dans le film.
Mais il sera question, aussi, des difficultés administratives rencontrées à Genève, de la menace de l’expulsion, et d’une vie à construire ici, autrement dit, ailleurs.
Dix ans pour comprendre ce que devient une adolescente exilée
Pour Anne-Frédérique Widmann, il s’agissait de se donner du temps pour comprendre réellement ce parcours: «Je me suis dit que seul le temps long nous permettrait de comprendre si les migrants s’en sortent, s’ils tiennent le coup, quel est l’impact de notre politique d’accueil.»
La cinéaste explique s’être laissée guider par Shewit au fil des années. «C’est vraiment elle qui choisissait les moments. Elle m’appelait, elle me disait: il m’arrive ci, il m’arrive ça. On décidait de filmer.»
Bien plus qu’un film sur la migration
Au fil du tournage, le documentaire dépasse largement la seule question de l’asile. Shewit raconte aussi son combat contre les pressions familiales et culturelles, notamment autour du mariage forcé et de l’excision: «Elle s’est retrouvée à se battre non seulement pour des papiers, mais aussi pour sa propre liberté», explique Anne-Frédérique Widmann. Le film aborde ainsi l’émancipation d’une jeune femme qui veut pouvoir choisir sa vie, ses relations et son avenir.
Dans la bande-annonce, Shewit résume elle-même cette quête: «Laissons-nous libres, mentalement, physiquement, spirituellement. On veut être libres. Nos filles doivent être libres.»
Pour Anne-Frédérique Widmann, Freedom, le destin de Shewit n’est donc pas uniquement un documentaire sur le système migratoire suisse. «On la voit suivre son objectif, se battre pour son objectif, résister à des pressions et sauter des obstacles incroyables.»
La réalisatrice dit avoir elle-même puisé de la force dans ce parcours. Lors des premières projections en Suisse et à l’étranger, plusieurs spectateurs lui auraient confié avoir été marqués par la détermination de Shewit et son évolution au fil des années.
Le film est actuellement projeté au Cinéma Bio. Des séances spéciales en présence de Shewit et d’Anne-Frédérique Widmann sont également prévues, avec des échanges avec le public à l’issue des projections, les 13, 20 et 27 novembre.