Culture

Joëlle Bertossa trace sa feuille de route pour la culture genevoise

09.03.2026 18h48 Rédaction

La magistrate en charge de la culture à la Ville de Genève présente ses priorités. Entre contraintes budgétaires, soutien aux artistes et grands projets urbains, Joëlle Bertossa veut «prendre soin» d’un écosystème culturel qu’elle juge riche, mais fragile.

Neuf mois après son arrivée à l’exécutif, Joëlle Bertossa dévoile les grandes orientations de sa politique culturelle. À la tête d’un département qui représente près de 25% du budget municipal – soit environ 300 millions – la magistrate insiste sur la nécessité de structurer et consolider un secteur qu’elle a largement consulté depuis son entrée en fonction. «Il s’agit de souffles que j’ai envie d’instiller dans toutes mes institutions», explique-t-elle après des mois de rencontres avec les acteurs culturels.

Un écosystème culturel «magnifique, mais fragile»

Axe majeur de cette feuille de route: «prendre soin». Selon Joëlle Bertossa, la scène culturelle genevoise se distingue par sa diversité, mais reste vulnérable, notamment pour les artistes souvent confrontés à la précarité. La magistrate souhaite ainsi cartographier les soutiens existants – publics et privés – afin de mieux coordonner les aides.

Les infrastructures culturelles font aussi partie des priorités. La Ville devra notamment relever les défis liés à plusieurs institutions majeures, comme la Bibliothèque de Genève ou le Musée d’Art et d’Histoire. «Nos bâtiments sont aussi au cœur des préoccupations», souligne-t-elle.

Un grand projet culturel entre les Halles de l’Ile et la Jonction

Joëlle Bertossa affiche également des ambitions urbaines à plus long terme. Elle évoque la création d’un grand axe culturel reliant les Halles de l’Ile, la place Neuve et la pointe de la Jonction. L’objectif: améliorer l’accès aux institutions culturelles et renforcer les synergies entre lieux artistiques et aménagement du territoire. «Le rêve serait d’avoir un grand quartier piéton où nos institutions culturelles seraient plus accessibles», explique la magistrate, citant notamment l’Usine ou l’usine Kugler.

Des finances sous pression

Ces ambitions devront toutefois composer avec une réalité budgétaire tendue. Si la Ville investit massivement dans la culture, le canton s’est progressivement désengagé de certains financements ces dernières années.

Joëlle Bertossa reconnaît que «les années fastes sont derrière». Mais elle estime que l’augmentation des budgets n’est pas toujours la solution: «Rajouter de l’argent ne veut pas forcément dire répondre aux besoins des acteurs et actrices culturelles», affirme-t-elle.

Dans ce contexte, la magistrate dit assumer la nécessité de faire des choix: «Quand j’ai coupé dans les grandes institutions pour le budget 2026, bien-sûr qu’il y a eu des grincements de dents. Après, c’était le choix le moins difficile.»

Patience pour la Comédie de Genève

Interrogée sur la crise que traverse la Comédie de Genève, actuellement secouée par plusieurs audits, Joëlle Bertossa appelle à la patience. L’audit RH devrait être terminé d’ici la fin du mois, tandis que celui de la Cour des comptes doit clarifier les questions de gouvernance.

Malgré ces tensions, la magistrate se veut rassurante: «Le public est vraiment au rendez-vous». Elle cite notamment le succès récent du festival Groove’N’Move, accueilli à la Comédie et affichant complet tout le week-end.