Culture

Le Grand Théâtre va vendre 15'000 costumes

24.01.2026 16h30 Michel Thorimbert

Plus de 30 000 costumes sont conservés dans les réserves. Des pièces uniques, fabriquées pour la scène. La moitié d'entre elles s'apprêtent à changer de vie à l'occasion d'une vente exceptionnelle.

«On est dans l'obligation de trier nos pièces déjà pour leur donner plus de visibilité, explique la cheffe des ateliers costumes, Sandra Delpierre. Les stocker dans des cartons ne permet pas la réutilisation des pièces en fonction première du stock.» Pendant six mois, une équipe de quatre personnes a trié l'ensemble de ces costumes. Un travail physique et méticuleux. Une étape aussi essentielle, car lorsqu'une production est terminée, les costumes ne disparaissent pas.

Ils sont d'abord isolés, puis intégrés au stock, où ils peuvent être transformés et réutilisés pour de nouvelles créations: «On reprend rarement des costumes en l'état. En général, on s'en sert comme base et puis on modifie des détails, des longueurs, des couleurs.» Derrière chaque costume, il y a un travail minutieux et des dizaines d'heures de fabrication. «Si vous aviez conscience de tout le travail quand vous regardez la représentation, ça serait dommage», ajoute-t-elle.

Mais les pratiques ont évolué. La captation vidéo, les nouvelles attentes artistiques et le confort des interprètes ont profondément transformé la manière de concevoir les costumes aujourd'hui: «On n'envisage plus du tout la même façon de produire des costumes aujourd'hui, ni la même esthétique., glisse la cheffe des ateliers costumes. On cherchait surtout l'effet, la brillance, le détail, beaucoup de détails, les costumes très chargés.»

200 étapes pour fabriquer une chaussure

Ces costumes racontent une autre époque et une autre manière de travailler. Au Grand Théâtre, ce sont plusieurs ateliers qui œuvrent en coulisses, couture, accessoires et cuir. Un atelier où sont notamment fabriquées les chaussures des artistes: «On va venir reproduire le volume de la forme par un scotch papier qui va nous servir plus tard à faire notre patronage», raconte le chef de l’atelier cuir, Arthur Veillon. Fabriquer une chaussure demande entre 150 et 200 étapes. Un travail forcément doublé pour former une paire. «Pour pour la tige, on a déjà 14 pièces. La tige, c'est une fois qu'on a coupé tous les éléments et qu'on est venu les assembler par couture.»

Avant d'assembler l'ensemble de la chaussure, cette tige encore souple et plane doit d'abord prendre du volume. Le prémontage permet de passer à une forme pensée pour le pied et le mouvement. «On va venir en fait faire levier. On voit le modèle qui avance et ça c'est toujours assez magique quand c'est la première mise sur forme en amont de la fabrication. Une fois que le cuir, avec les renforts intercalés entre les différentes couches, est tendu plus de 24 heures, celui-ci reste en place.»

Une fois la tige mise en forme, le travail se poursuit avec la ligne de semelle. C'est à ce moment-là que la chaussure prend vie et devient un objet de scène à part entière. «On a très peu de costumés qui vont dessiner les chaussures. Au sein de l'atelier, on a une certaine liberté où on peut interpréter l'ensemble et faire des suggestions.»

Costumes, chaussures, accessoires, une partie du savoir-faire des ateliers du Grand Théâtre de Genève est proposée à la vente au Palladium avec deux ouvertures grand public les samedis 14 et dimanche 15 février pour des pièces entre 5 et 500 francs.