Quand un fait divers inspire une pièce de théâtre
Un jeune activiste jugé pour avoir endommagé deux véhicules de chantier dans une gravière genevoise. Ce fait divers sert de trame à la première pièce du nouveau trio de direction du Théâtre du Loup, «Laisse Béton».
Janvier 2022. Un jeune Belge se rend à la gravière de Laconnex et s’attaque à plusieurs engins de chantier. Des graffitis menaçants et insultants sont trouvés sur les façades des bureaux. Quatre ans après les faits, ce fait divers inspire une pièce de théâtre, «Laisse béton». «Le fait que l'histoire soit locale et donc les protagonistes puissent potentiellement voir ce qui s’est passé, ça crée des enjeux de responsabilité, d'autant plus que le procès n'a pas eu lieu, présente Jérôme Richter, metteur en scène et codirecteur du théâtre. Genève a un terrain de fiction en fait. Les faits divers parlent de nous, des dynamiques sociales qui sont sous-jacentes, des rapports de force dans la société.»
Au lendemain de la première, l’équipe est réunie sur le plateau pour ajuster certains passages. Un théâtre qui évolue, qui se peaufine. «Chaque soir, le public est différent, réagit différemment. Hier, ils se sont rendu compte qu'il y avait des choses qui étaient drôles, qui faisaient réagir le public, qui émouvaient, de la tension. C'est aussi tout d'un coup déstabilisant. Il faut faire cette rencontre», ajoute-t-il. La pièce, écrite avec Julie Gilbert et Antoine Rubin, a été mise à jour lors des répétitions: «Il s'est avéré que j'ai fait beaucoup de coupes, des changements, parce qu'à un moment il y a la réalité du plateau qui est la plus importante. On n'est pas là pour dire, regardez ce beau texte, on est là pour faire le meilleur spectacle possible.»
Une pièce engagée, connectée au territoire et aux enjeux actuels : «On ne peut pas aujourd'hui faire un théâtre qui ne soit pas en prise avec le monde qui nous entoure. L'art, il a une fonction, il parle du monde, il prend un décalage par rapport au monde, il enrichit la lecture qu'on peut avoir du monde. Et on voit qu'autour de nous, le monde ne va pas si bien. Et comment on prend ça en charge? Un théâtre, c'est un espace public, c'est un espace de rencontre, c'est un espace démocratique, un espace de débat. Nous, on a des positionnements, mais on n'a pas besoin que les gens qui viennent ici soient toutes et tous d'accord avec nous.» Le théâtre pour réfléchir et débattre. Laisse Béton (merci Renaud), à voir au théâtre du loup jusqu’au 22 février.