Un concert où l’on doit sortir son téléphone
Dans le cadre d’Antigel, l’artiste Ivo Dimchev propose une performance à rebours d’autres: ici, il faut filmer pour que la musique soit jouée. Reportage à la sauce Tracks.
Dans la salle du Faubourg, Ivo Dimchev invite le public à prendre une responsabilité. Si l’on veut l’entendre chanter, on ne peut pas rester juste spectateur. «Je ne chante pas s’il y a moins de trois personnes ou plus en train de faire des vidéos selfie avec moi, explique l’artiste Ivo Dimchev. Cela active automatiquement le public : pour que le concert continue, ils doivent faire des selfies avec moi. Certains veulent soutenir le concert, d’autres veulent se montrer, d’autres encore veulent s’amuser, ou prouver à quel point ils sont artistiques.»
Invité par la Maison St-Gervais et le festival Antigel, l’artiste bulgare met une ambiance particulière dans la salle, au début, il faut oser se lever de sa place, briser la gêne et progressivement entrer dans le jeu. «J’essaie d’établir une relation de confiance dès le début. La musique est douce, belle, et les gens se sentent en sécurité. Quand ils se sentent en sécurité, il leur est plus facile de s’approcher et de devenir partie intégrante du spectacle, ajoute-t-il. Les gens aiment parfois être challengés, le spectacle ne dépend pas que de moi, il dépend d’eux aussi. S’il est mauvais, ce n’est pas seulement ma faute, c’est aussi la leur.»
Toujours dans nos mains, nos téléphones capturent tout. Les autres — et nous-mêmes. Derrière l’écran, il y a notre besoin d’être vus, reconnus, validés. Ivo Dimchev transforme ce réflexe quotidien en dispositif artistique: ici, le selfie ne perturbe pas le concert, il le rend possible. «La meilleure chose dans le Selfie Concert, c’est que la performance est filmée depuis une multitude de perspectives. Ce qui est souvent diabolisé devient ici un outil. Chaque personne devient cocréatrice. Et pour moi, c’est quelque chose de très positif. Parfois les gens sont trop confortablement installés, assis à simplement regarder. Un bon concert, c’est quand davantage de personnes prennent leurs responsabilités.» Une performance qui, au fond, interroge notre époque: sommes-nous prêts à participer ou préférons-nous rester derrière l’écran?