« Une bataille après l'autre » remporte l'Oscar du meilleur film
"Une bataille après l'autre" du réalisateur Paul Thomas Andereson (photo) a remporté l'award du meilleur film lors des Oscars.
Photo: KEYSTONE/AP/Chris PizzelloLa fresque politique de Paul Thomas Anderson 'Une bataille après l'autre', miroir grossissant de l'Amérique mêlant violence des extrêmes, descentes brutales contre les immigrés et montée du suprémacisme blanc, a remporté dimanche l'Oscar du meilleur film.
Entre film d'action et comédie dramatique, le long métrage teinté d'humour est truffé de courses poursuites palpitantes et de fusillades, mais raconte aussi l'amour inconditionnel d'un père pour sa fille.
Ce mélange puissant et un casting brillant mené par Leonardo DiCaprio en ex-révolutionnaire, aux côtés de Teyana Taylor, Sean Penn et Benicio Del Toro, lui ont permis de remporter dimanche six statuettes.
'Quelle soirée, les amis. Buvons un martini. C'est vraiment incroyable. Santé! Merci beaucoup', a lancé le réalisateur Paul Thomas Anderson après avoir remercié ses proches et l'équipe du film.
Le succès du film aux Oscars semblait prédestiné: malgré le record de 16 nominations pour 'Sinners' de Ryan Coogler, 'Une bataille après l'autre' avait auparavant triomphé aux Bafta comme aux Golden Globes.
Inspiré par le roman de Thomas Pynchon, 'Vineland', le film suit le parcours de Bob, ex-insurgé politique spécialisé dans les explosifs. Durant sa fringante jeunesse, il mène des opérations de résistance clandestines à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, au côté de sa petite amie Perfidia.
Lorsque le Colonel Lockjaw infiltre le groupe et devient son ennemi, Bob est contraint de fuir avec leur bébé Willa. Seize ans plus tard, ce passé de hors-la-loi le rattrape... ainsi que sa fille, devenue une adolescente pleine d'assurance, incarnée par Chase Infiniti.
Car le colonel Lockjaw est à ses trousses, ne se privant d'aucune méthode, pas même les plus arbitraires, dans cette traque dont l'acmé est atteinte lors d'une longue scène de course-poursuite automobile sur la 'River of the hills', (la rivière des collines), dans le désert californien, une route vallonnée donnant l'impression au spectateur d'embarquer à bord de montagnes russes.
De ses jeunes années de révolutionnaire, Bob ne se souvient plus de rien, ravagé par la drogue, l'alcool et la paranoïa, tandis que sa fille, du haut de ses 16 ans, le materne tant bien que mal. Si le film oscille entre la masculinité exacerbée de Sean Penn et la taciturnité de Lenonardo DiCaprio, qui ne quitte pas sa robe de chambre, même lorsqu'il part à la recherche de sa fille, les personnages de Perfidia et Willa permettent d'ajouter une touche de féminité combattante à l'histoire.
'Claniques'
Le réalisateur Paul Thomas Anderson ('There Will Be Blood', 'Boogie Nights', 'Licorice Pizza') alterne entre traits d'humour et moments très sombres, notamment avec le personnage de Lockjaw, impliqué dans un groupe de suprémacistes blancs appelés les Christmas Adventurers.
'Une bataille après l'autre' est 'très politique, mais je pense que c'est lié au fait que nous sommes tous devenus claniques', a confié Leonardo DiCaprio au New York Times, en référence à un pays profondément polarisé.
Pour l'acteur, le film dissèque 'la manière dont nous avons cessé de nous écouter les uns les autres, et comment ces personnages qui pensent ou agissent de manière extrême peuvent faire beaucoup de mal'.
Pour Paul Thomas Anderson toutefois, le film n'est pas spécifique à notre temps.
'La plus grande erreur que je pourrais commettre dans une histoire comme celle-ci serait de mettre la politique au premier plan', a-t-il déclaré au Los Angeles Times.
'Il faut s'intéresser aux personnages et suivre les grandes évolutions de leurs émotions (...) C'est quelque chose qui ne passera jamais de mode. Mais le fascisme non plus', a-t-il précisé.
'Je n'essaie pas de minimiser ce qu'il se passe en ce moment', affirme-t-il au journal. 'Mais j'essaie aussi de dire que le pire, c'est que cela ne va pas disparaître.'
/ATS