Culture

Une enquête pour bousculer l'occidentalisation de la science

09.04.2026 19h09 Rédaction

Marion

Dans un ouvrage intitulé «Tout ce qu’il reste à découvrir», la journaliste scientifique Marion de Vevey met en lumière un déséquilibre majeur dans la production du savoir. Une enquête de terrain qui questionne les certitudes occidentales et l’invisibilisation du sud.

«Les sciences aujourd’hui sont surtout menées au Nord.» Le constat est posé sans détour par Marion de Vevey qui détaille que les États-Unis et l’Europe regroupent environ 40% des scientifiques du monde. «Le Nord publie trois fois plus que le Sud», souligne la journaliste scientifique. La Genevoise publie «Tout ce qu’il reste à découvrir» aux éditions Quanto, fruit d’une enquête menée durant plus d’un an et demi à travers plusieurs continents.

Un travail de terrain qui l’a conduite notamment en Ouganda, en Malaisie ou encore au Sénégal. «C’était un long voyage, physique mais aussi psychique, explique-t-elle. J’ai été amenée à requestionner mes propres idéologies». Au fil des rencontres, un déséquilibre apparaît. Pour l’auteure, ce déséquilibre a des conséquences directes sur la production du savoir. «On loupe beaucoup de ce qui se passe au Sud», affirme-t-elle en ajoutant que chez nous, la possibilité d'être trop rapidement baigné dans des idéologies occidentales est grande.

Vision occidentale figée?

Une réalité qui traverse les disciplines. En psychologie par exemple, certaines recherches présentées comme universelles reposent en réalité sur «un point de vue occidental», observe-t-elle en s’appuyant sur des travaux menés par la chercheuse Marwa Mahmoud à l’Université de Genève. Face à ce constat, Marion de Vevey appelle à une remise en question. «Il ne s’agit pas seulement de s’ouvrir à d’autres pensées, mais aussi de questionner les nôtres», insiste-t-elle.

Mais le chantier est vaste. «C’est un système très institutionnel, très hiérarchique, avec beaucoup d’argent», note la journaliste. «Il y a une inertie difficile à bousculer.»

Reste une conviction. Pour Marion de Vevey, la science doit retrouver «le goût de la curiosité, de l’échange» et accepter de se confronter à d’autres regards. Une démarche qu’elle poursuit déjà. Son prochain sujet? «L’intelligence», qu’elle soit animale, artificielle ou encore extraterrestre.