Accord avec le Mercosur: quelle différence dans les assiettes?
L'accord avec le Mercosur fera peu de différences dans les magasins, selon les experts (image d'illustration).
Photo: KEYSTONE/ALESSANDRO DELLA BELLAL'accord de libre-échange avec le Mercosur suscite des interrogations chez les consommateurs: que trouveront les Suisses dans leurs assiettes? Les experts s'attendent à peu de différences dans les magasins. Dans les restaurants par contre, c'est une autre histoire.
Le traité permettra de réduire considérablement les taxes sur les exportations suisses vers le bloc sud-américain composé du Brésil, de l'Argentine, du Paraguay et de l'Uruguay (la Bolivie n'est pas comprise dans l'accord). Davantage de viande et de vins de ces pays seront en contrepartie importés.
Pas moins de 3000 tonnes de viande bovine et 1000 tonnes de volailles supplémentaires pourront passer la frontière suisse. Ces contingents sont plafonnés à moins de 2% de la consommation totale.
Une question vient à l'esprit de tous et toutes: est-ce que des steaks de boeufs argentins boostés aux hormones vont se retrouver sur les étals suisses?
Etiquetage 'qui fonctionne'
Cette augmentation ne va pas révolutionner les produits qu'on trouve dans les magasins, selon Hansjürg Jäger, chargé de cours en politique et marchés agricoles à la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires de Berne. La Suisse, qui n'est pas autosuffisante, importe déjà de ces pays.
L'étiquetage fonctionne en magasin. La loi oblige les commerçants à indiquer clairement lorsque la viande qu'ils vendent est produite selon des standards interdits en Suisse, comme l'utilisation d'hormones ou d'antibiotiques.
Pas de traçabilité dans les restaurants
Le plus grand danger se trouve ailleurs: le marché de la volaille en forte croissance et sa consommation en take-away. La Suisse est autosuffisante à 60% pour la volaille, contre 80% pour le boeuf, selon le dernier rapport agricole. Elle doit donc passablement importer pour se fournir en viande blanche.
Une enquête de la Fédération romande des consommateurs (FRC) montre que la traçabilité de la viande dans les restaurants laisse à désirer. Résultat: des consommateurs se retrouvent à manger de la volaille brésilienne dopée aux antibiotiques sans le savoir, se désole Laurianne Altwegg, responsable agriculture, énergie et environnement de la fédération.
Là où ça pose problème, c'est que le consommateur ne choisirait pas cette viande s'il était correctement informé. Les contingents prévus dans l'accord ne sont certes pas énormes, mais il s'agit là d'une occasion manquée d'améliorer une situation actuellement insatisfaisante, explique-t-elle.
Chute des prix pour la viande noble
Les prix risquent d'être plus bas pour ces produits. Les agriculteurs sont déjà montés au créneau pour protéger le secteur.
Dominique Barjolle se dit très inquiète pour la rémunération des producteurs de viande sur le segment bien particulier des morceaux nobles des races à viande de qualité supérieure. Il s'agit par exemple des éleveurs de charolaises.
'La provenance 'Mercosur' de ces morceaux pèse déjà pour plus de 40% des achats des consommateurs en Suisse', indique l'économiste et agronome responsable de recherche à l'Unil. 'Trois mille tonnes libres de droits représentent un appel d'air pour cette viande et vont très probablement tirer les prix vers le bas de manière significative.'
Danger sur le vin
Autre volet controversé de l'accord: l'importation du vin. Les viticulteurs suisses peinent déjà à joindre les deux bouts. Ils craignent une concurrence déloyale avec l'arrivée de vins sud-américains bien moins chers dans les rayons.
'Là ça peut faire mal', confirme Mme Barjolle. La préférence pour le vin suisse est encore là, mais la consommation recule. Et la population d'origine étrangère établie en Suisse, qui participe à la consommation globale, a probablement besoin d'un temps d'adaptation avant d'adopter un réflexe de consommation de vin helvétique.
/ATS