Économie

Le Royaume Uni interdit l'accès des réseaux sociaux aux mineurs

15.06.2026 09h55

Le Royaume Uni interdit l'accès des réseaux sociaux aux mineurs

"Les réseaux sociaux rendent les enfants malheureux. Ils facilitent le harcèlement et les abus", a déclaré le premier ministre britannique Keir Starmer. (photo prétexte)

Photo: KEYSTONE/DPA/ANNETTE RIEDL

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé lundi l'interdiction prochaine de l'accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 16 ans, estimant la mesure nécessaire pour 'protéger nos enfants' tout en reconnaissant qu'elle serait difficile à appliquer.

Londres emboîte ainsi le pas à l'Australie et l'Indonésie, qui ont déjà instauré des mesures similaires. Le Canada a annoncé son intention de faire de même, et un projet de loi est à l'étude au Parlement français pour les moins de 15 ans.

Keir Starmer a présenté l'interdiction comme une 'étape importante' pour le pays et les familles, lors d'une conférence de presse depuis Downing Street, à trois jours d'une élection cruciale pour son maintien à la tête du Labour et du pays, où il est de plus en plus contesté.

'Les réseaux sociaux rendent les enfants malheureux. Ils facilitent le harcèlement et les abus', a-t-il déclaré.

Beaucoup de détails pratiques restent à préciser avant l'adoption de la loi, espérée 'avant Noël' pour une entrée en vigueur 'au début de l'année prochaine, probablement vers le printemps', selon le Premier ministre.

L'interdiction concernera notamment Snapchat, TikTok, YouTube, Instagram, Facebook et X. Mais pas les applications de messagerie comme WhatsApp et Signal.

Un porte-parole de TikTok a assuré que l'entreprise partageait 'l'objectif du gouvernement de garantir une expérience en ligne sécurisée aux adolescents', précisant que ses comptes pour jeunes proposaient plus de 50 paramètres de sécurité et de confidentialité prédéfinis.

'Nous sommes impatients de collaborer de manière constructive avec le gouvernement sur cette question importante', a-t-il ajouté.

Le Royaume-Uni va également prendre des mesures visant les plateformes de jeux vidéo et de streaming, a précisé M. Starmer.

Il s'agit de bloquer certaines fonctions, comme la possibilité pour un inconnu de communiquer avec un mineur de moins de 16 ans, a détaillé le gouvernement. Ces restrictions seront aussi 'activées par défaut' pour les moins de 17 ans.

Londres envisage aussi des 'couvre-feux nocturnes et des pauses dans (les fonctions de) défilement automatique (de contenus) pour les moins de 18 ans'. Et les mineurs ne pourront pas faire usage des chatbots utilisant l'IA pour simuler des relations sexuelles ou des jeux de rôle.

Londres a déjà sommé début juin les géants de la tech comme Apple ou Google de déployer sous trois mois des outils bloquant l'envoi et la réception d'images sexuellement explicites par des mineurs, les menaçant de légiférer.

Le prince Harry et Meghan Markle, qui ont mené campagne à l'échelle mondiale sur cette question - la duchesse ayant même déclaré en début d'année être 'la personne la plus harcelée en ligne au monde ' - ont salué la décision du Royaume-Uni.

Cependant, dans un communiqué, ils ont souligné : 'Un changement durable exige des plateformes plus sûres dès leur conception, une véritable responsabilisation et un engagement à placer le bien-être des enfants avant l'engagement et le profit'.

Risque de contournement

Cette annonce intervient à l'issue d'une consultation nationale devenue la deuxième plus large du pays avec environ 116'000 contributions, selon Downing Street. Quelque 91% des parents y ayant répondu ont soutenu une telle interdiction.

Dans une réaction transmise à l'AFP, l'organisation TechUK, qui regroupe la majorité des plateformes affectées par l'interdiction, a affirmé vouloir 'un monde en ligne plus sûr pour les enfants', mais estimé que les mesures annoncées 'risquaient de déplacer le problème plutôt que le résoudre réellement'.

Keir Starmer a reconnu que les nouvelles mesures seraient 'difficiles' à faire appliquer, et qu'il faudrait toujours 'apprendre aux enfants' à utiliser les réseaux sociaux.

'Certaines entreprises technologiques veulent nous faire croire que les réseaux sociaux sont immuables et font partie d'un ordre presque naturel. Mais nous devons résister à cette forme d'impuissance', a-t-il insisté.

Certes, il existe un risque que les enfants 'contournent' la réglementation, mais les lois 'sont aussi l'expression de nos valeurs', a-t-il affirmé.

'Faux sentiment' de sécurité

Une limite pointée par le syndicat des directeurs d'écoles, qui juge nécessaire de mettre en place des 'mesures vraiment efficaces de vérification de l'âge', estimant que le seuil actuel de 13 ans est déjà 'difficile à appliquer'.

D'autant que la consultation a montré que le sujet divise, les jeunes comme les familles ou les associations.

Interrogé lundi par l'AFP, Tom Warvell, guide touristique de 18 ans, a estimé que le seuil de 16 ans était 'peut-être trop élevé', et que 13-14 ans aurait été plus adapté. 'Les jeunes de 16 ans utilisent (ces plateformes) pour entretenir des liens', dit-il.

'C'est une bonne chose', a estimé au contraire Connie Skitt, étudiante de 19 ans. 'Je ne sais plus quel âge j'avais quand j'ai commencé Instagram, mais c'était beaucoup trop tôt'.

Ian Russell, dont la fille Molly s'est donné la mort à 14 ans après avoir visionné des contenus faisant l'apologie du suicide, s'est lui toujours opposé à une interdiction qui créerait 'un faux sentiment de sécurité'.

À l'inverse, Esther Ghey, la mère de l'adolescente transgenre Brianna Ghey, dont le meurtre par deux adolescents en 2023 a suscité un choc dans le pays, y est favorable.

L'organisation Internet Watch Foundation, qui lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants en ligne, a salué l'annonce mais appelé les autorités à 'accentuer la pression sur les entreprises de la tech afin qu'elles rendent leurs plateformes plus sûres pour les enfants (...) dès la conception' de leurs outils.

/ATS