«Rien de pire pour une entreprise que l'incertitude» : Michel Girardin décrypte les nouveaux tarifs de Trump
Les États-Unis relèvent les droits de douane appliqués à la Suisse à 12,5%, contre 10% jusqu'ici. Si cette hausse constitue une mauvaise nouvelle pour les exportateurs helvétiques, l'économiste Michel Girardin estime qu'elle reste moins sévère que ce qui était redouté. Le véritable problème, selon lui, demeure l'incertitude permanente entretenue par l'administration Trump.
Donald Trump a annoncé dans la nuit un relèvement des droits de douane visant les produits suisses, désormais fixés à 12,5%. Une décision qui intervient après l'expiration du régime temporaire de 10% et que Washington justifie notamment par l'absence, en Suisse, d'une législation interdisant les importations liées au travail forcé.
Pour Michel Girardin, cette annonce n'est «jamais une bonne nouvelle» pour le commerce international, mais elle reste relativement contenue. «Ça aurait pu être bien pire», souligne-t-il.
L'économiste rappelle en outre que le taux de 12,5% constitue un plafond et ne s'appliquera pas uniformément à toutes les entreprises. Les sociétés déjà soumises à des droits de douane aux États-Unis ne paieront que la différence. Selon ses estimations, environ un tiers des exportations suisses ne subiront ainsi qu'une hausse effective de 10%.
Horlogerie, banques et pharma dans le flou
Michel Girardin voit dans les arguments avancés par Washington un moyen de contourner les obstacles juridiques rencontrés ces derniers mois. Après qu'une décision de justice a remis en cause les précédentes surtaxes décidées par Donald Trump, le président américain s'appuie désormais sur la question du travail forcé pour justifier un nouveau dispositif. «On peut imaginer que c'est un tour de passe-passe juridique», analyse l'économiste.
Les nouvelles mesures concernent particulièrement une économie genevoise très tournée vers l'exportation, avec des secteurs comme l'horlogerie ou la finance. Quant à la pharmacie et à la chimie, leur régime tarifaire définitif n'est toujours pas connu.
Michel Girardin rappelle que les premières décisions protectionnistes de Donald Trump avaient provoqué une chute d'environ 20% des exportations suisses vers les États-Unis, avant un rebond l'année suivante. Une évolution qu'il attribue toutefois en partie à des effets statistiques liés aux métaux précieux.
«Rien de pire que l'incertitude»
Pour l'économiste, le principal danger ne réside pas tant dans le niveau des taxes que dans leur caractère imprévisible.
«Il n'y a rien de pire pour une entreprise que de faire face à l'incertitude quant à ces décisions tarifaires», insiste-t-il.
Il appelle le Conseil fédéral à poursuivre activement les négociations afin d'obtenir un cadre stable. Selon lui, cette instabilité pousse déjà certaines entreprises exportatrices de la région à réduire leur activité et à diminuer le temps de travail de leurs employés.
Diversifier sans tourner le dos aux États-Unis
Faut-il réduire la dépendance de la Suisse envers le marché américain? Oui, répond Michel Girardin, mais sans rompre avec un partenaire économique majeur. Les États-Unis représentent près d'un franc exporté sur cinq et sont à l'origine d'environ 100'000 emplois en Suisse. «Éradiquer le partenaire américain, c'est carrément dangereux», prévient-il.
En revanche, il plaide pour une accélération des accords de libre-échange avec d'autres régions du monde, notamment le Mercosur, afin de mieux répartir les risques. Quant à un rapprochement plus poussé avec l'Union européenne, il privilégie le renforcement de la voie bilatérale plutôt qu'une adhésion.