Afghanistan: neuf civils tués dans des frappes pakistanaises
Le Pakistan dit avoir mené des frappes aériennes "planifiées et calibrées" contre l'Afghanistan, où Islamabad affirme que des terroristes coordonnent des attaques (archives).
Photo: KEYSTONE/AP/Muhammad SajjadL'armée pakistanaise a mené de nouvelles frappes en Afghanistan dans la nuit de mercredi à jeudi, notamment dans la province d'Helmand (sud), selon des habitants. Le gouvernement taliban a fait état de dix civils tués.
'Sur la base de renseignements crédibles, des frappes ciblées contre des camps terroristes et des caches situés à deux endroits appartenant à Fitna al khwarij, Fitna al Hindustan et leurs affiliés ont été menées en Afghanistan avec précision et exactitude', a déclaré le ministère pakistanais de l'Information sur X, précisant les noms des groupes visés.
Selon le ministère, ces raids ont tué 22 militants et détruit des stocks d'armes et de munitions.
Ils ont touché la province de Helmand, rarement visée, et celle de Kunar, frontalière du Pakistan, faisant 10 morts parmi les civils, a indiqué le porte-parole adjoint du gouvernement taliban, Hamdullah Fitrat.
La province de Helmand, tout comme celle de Kandahar, fief du chef suprême des talibans afghans, frappée la semaine dernière, sont stratégiques pour les talibans.
Deux habitants de Helmand ont affirmé à l'AFP que trois frappes aériennes avaient touché leur village.
S'exprimant au téléphone depuis le village de Safar, dans le Helmand, Abdul Wahid, un habitant de 50 ans, a affirmé que les frappes avaient tué quatre personnes et en avaient blessé sept.
Un autre villageois, Qudrat Ullah, a indiqué qu'il se trouvait chez lui lorsque la maison de ses voisins a été touchée. 'Toute la zone est détruite', a déclaré cet homme de 32 ans, ajoutant que les habitants étaient maintenus à distance des sites bombardés.
'Il y avait des civils, des enfants, des femmes, ils les ont tués. Il n'y a aucun militaire ni quoi que ce soit d'autre', a-t-il déclaré à l'AFP par téléphone.
'Des cris dans les décombres'
Dans la province montagneuse de Kunar, un journaliste de l'AFP a vu les ruines de maisons en pierre dans la vallée reculée de Chugam.
Mohammad Hashim, un agriculteur, a raconté qu'il s'était précipité pour secourir les habitants après l'attaque survenue avant l'aube.
'Il y avait une femme, elle criait pour demander de l'aide afin qu'on la sorte des décombres. Elle avait du mal à respirer et nous a dit qu'il y avait encore d'autres personnes là-bas', a confié cet homme de 30 ans à l'AFP.
'Nous sommes allés creuser, et il y avait un homme avec quatre enfants qui ont été tués', a-t-il ajouté.
Le Pakistan accuse les autorités talibanes afghanes d'abriter et de soutenir le mouvement jihadiste Tehreek-i-Taliban Pakistan (TTP), créé en 2005, et auteur depuis vingt ans d'attaques meurtrières sur le sol pakistanais, ce que les talibans afghans démentent.
Les relations entre les deux pays se sont tendues avec le retour des talibans à Kaboul en 2021. Le Pakistan estime que l'Afghanistan n'en fait pas assez contre les jihadistes.
Les responsables talibans afghans craignent de leur côté qu'une reprise en main trop violente des combattants du TTP, qui les avaient aidés dans leur reconquête du pouvoir en 2021, ne se retourne contre eux.
Le conflit s'est intensifié depuis octobre 2025, quand des combats entre l'Afghanistan et le Pakistan ont fait des dizaines de morts et abouti à la fermeture quasi totale de la frontière terrestre, impactant la vie de milliers de personnes.
Les deux pays entretiennent aussi un conflit historique sur le tracé de leur frontière qui coupe en deux les communautés pachtounes.
Après diverses médiations, les affrontements ont diminué mais sans totalement cesser, puis ont viré à la guerre ouverte depuis mars, avec de nouvelles frappes aériennes y compris sur Kandahar et Kaboul.
Plus de 500 civils ont été tués dans les violences entre les deux pays depuis octobre 2025, selon les chiffres de la mission des Nations unies en Afghanistan.
/ATS