Elections en Israël: Eisenkot et Netanyahu donnés à égalité
Les camps de Gadi Eisenkot, à gauche sur le cliché, et de Benyamin Netanyahou obtiendraient chacun 51 sièges, selon de nouveaux sondages (archives).
Photo: KEYSTONE/AP/Oded BaliltyPas de gagnant, mais deux volontaires pour diriger Israël. Le premier ministre israélien sortant Benyamin Netanyahou et son rival Gadi Eisenkot, donnés à égalité aux législatives de mardi, mais loin de la majorité, se sont tous deux dit prêts à former un gouvernement.
'Nous devons mettre en place un gouvernement de droite fort', a déclaré M. Netanyahou, appelant 'la majorité juive et sioniste à se ressaisir et s'unir'.
Silencieux depuis la clôture des bureaux de vote à 22h00 (21h00 en Suisse), il est apparu enjoué sur scène devant ses partisans mercredi vers 03h00, poussant même la chansonnette avec eux pendant un discours inhabituellement court.
Les sondages de sortie des urnes avaient d'abord donné le camp de l'opposition emmené par le centriste Gadi Eisenkot légèrement devant la coalition de Benyamin Netanyahou, avant de les placer à égalité, avec 51 sièges chacun. C'est loin du nombre de 61 sièges nécessaires (sur les 120 que compte le Parlement monocaméral israélien) pour obtenir une majorité.
Participation massive
Malgré les résultats serrés, Gadi Eisenkot a vu les premières estimations comme un 'désaveu complet' pour Benyamin Netanyahou. 'Le peuple a choisi le changement', a-t-il assuré devant ses partisans, promettant de 'tout faire pour former un gouvernement'.
Le premier ministre de 77 ans n'a, quant à lui, pas eu un mot pour son rival dans son discours. Il n'a pas revendiqué de victoire, se contentant de souligner que sa formation, le Likoud, restait le premier parti avec 27 sièges estimés (contre 32 précédemment), devant le Yashar de M. Eisenkot.
Les Israéliens ont massivement pris part à ce scrutin, le premier depuis l'attaque du Hamas du 7 octobre, avec un taux de participation de 77,7%, au plus haut depuis 1999.
L'autre fait marquant de la soirée est la poussée spectaculaire des deux listes arabes israéliennes, Raam (Liste arabe unie, islamiste modéré) et la Liste unifiée (extrême gauche), qui s'imposent comme de possibles faiseurs de rois avec 18 ou 19 députés attendus (contre 10 dans le Parlement actuel).
Le camp de Benyamin Netanyahou a subi 'une défaite majeure', a assuré le dirigeant de Raam, Mansour Abbas, se disant prêt à travailler avec M. Eisenkot, ce que ce dernier a toujours dit ne pas envisager.
Longues tractations attendues
'Il est hors de question de former un gouvernement qui s'appuie sur des partis arabes', a lui martelé le premier ministre, qui a largement fait campagne contre eux, notamment via le slogan de 'la droite ou la Palestine'.
La situation a pour l'instant des airs d'impasse, comme souligne Ilana Shpaizman, maîtresse de conférences en sciences politiques à l'université de Bar-Ilan.
'Netanyahou n'a aucun moyen de former un gouvernement' et le bloc de M. Eisenkot devra 'soit former un gouvernement avec les partis arabes, soit établir un gouvernement minoritaire', deux options jusque-là rejetées par le camp de l'opposition, dit-elle.
Les partis vont désormais se lancer dans des semaines d'intenses tractations pour tenter de former une coalition gouvernementale. En cas d'échec, comme cela est arrivé plusieurs fois dans l'histoire d'Israël, il faudra retourner aux urnes, une option rejetée par M. Eisenkot au vu de la forte mobilisation.
Pays polarisé
La commission électorale va commencer à publier progressivement les résultats officiels, un processus qui pourrait durer plusieurs jours.
Le tableau indécis qui se dessine pour l'instant est l'image de la polarisation du pays, qui s'est renforcée depuis les attaques du 7 octobre 2023 dont l'ombre a plané sur le scrutin.
Les élections interviennent aussi sur fond de critiques internationales croissantes contre la conduite de la guerre à Gaza, ainsi que les violences et l'expansion des colonies en Cisjordanie occupée, sous le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël.
/ATS