France: les lycéens se préparent à manifester pour un « acte III »
Les élèves, qui réclament plus de moyens pour leurs établissements, ont reçu le soutien des syndicats et d'une partie des enseignants.
Photo: KEYSTONE/AP/Jeremias GonzalezDes dizaines de milliers de lycéens ont commencé à manifester mardi dans plusieurs villes de France. Cette nouvelle journée est sous haute tension, après deux semaines de mobilisation émaillées de violences et de heurts avec la police.
Dans un climat social tendu à un peu plus de six mois de la présidentielle, les élèves, qui réclament plus de moyens pour leurs établissements, ont reçu le soutien des syndicats et d'une partie des enseignants descendus dans la rue à leurs côtés, à Paris et dans une trentaine d'autres villes.
Au total, un quart des lycées (891 sur 3.700) ont vu leurs cours 'suspendus, soit totalement, soit partiellement' mardi, selon le ministère de l'Education.
'Aujourd'hui je manifeste parce que j'ai peur pour mon avenir, et j'ai envie de revendiquer mes droits', a expliqué à l'AFP Selma, 15 ans, se disant 'un peu en colère', dans l'imposant cortège qui a défilé à Marseille (sud-est).
Même mobilisation à Nantes (ouest), où les manifestants, souvent adolescents, défilaient sous une banderole marquée: 'Écoles sans argent, pays sans avenir'.
A Toulouse (sud-ouest), Anne, psychologue à la retraite de 68 ans, manifeste par solidarité. 'Leur mouvement me semble totalement légitime et tellement mal entendu, en tout cas pour le moment par le gouvernement', estime-t-elle.
Les manifestations ont rassemblé quelque 86'000 personnes en régions dans la matinée, selon le ministère de l'Intérieur. Un cortège est prévu dans la capitale dans l'après-midi, avec quelque 2000 policiers et gendarmes mobilisés.
Aucun incident majeur n'a été signalé à ce stade, mais les dégradations et les violents heurts avec les forces de l'ordre des derniers jours font craindre de nouveaux débordements.
Réponse 'disproportionnée'
Depuis le début du mouvement le 17 septembre, 215 élèves ont été blessés, 'l'immense majorité' l'ayant été 'soit dans le cadre d'accidents', 'soit par le fait d'autres individus extérieurs', selon les services du Premier ministre.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a assuré mardi que les interventions des forces de l'ordre s'effectuaient dans 'la plus grande proportionnalité'.
À Tours (centre) la semaine dernière, un lycéen de 16 ans a perdu l'usage d'un oeil lors d'un blocage, et lundi un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade de la police à Lens (nord).
Dix enquêtes internes ont été ouvertes par la police jusque-là.
La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), organe chargé de conseiller le gouvernement, a exprimé mardi sa 'vive inquiétude' sur le 'recours disproportionné à la force' face aux mobilisations lycéennes, et appelé le gouvernement 'à renforcer le dialogue avec la jeunesse' et à 'garantir l'exercice de leurs droits'.
Plus de 700 blessés ont par ailleurs été recensés dans les rangs des forces de l'ordre et près d'une centaine chez les personnels de l'éducation.
Les lycéens dénoncent l'insalubrité des bâtiments, des classes surchargées, ou des absences de professeurs non remplacées, particulièrement dans les quartiers populaires.
'C'est juste de la colère qui parle', a estimé Madeleine, interrogée par l'AFP alors qu'elle participait au blocage de son établissement à Lille, dans le nord. 'Les casses peuvent être déplorables mais je pense que les lycéens (...) ne savent plus comment se faire entendre en fait'.
Universités
Entre rétablissement de l'ordre public et écoute des revendications d'un mouvement sans porte-parole très identifié, le gouvernement marche sur un fil pour gérer l'une des crises les plus délicates auxquelles il a été confronté depuis la nomination il y a un an du Premier ministre Sébastien Lecornu.
Les autorités craignent désormais un embrasement au niveau national, alors que les lycéens devraient recevoir mardi le renfort des étudiants. Lundi, l'Union étudiante recensait 32 sites universitaires bloqués.
Les présidents d'universités ont appelé mardi à 'des états généraux de la jeunesse', estimant qu'il est 'urgent de reconnaître les jeunes' comme des 'acteurs' du débat public.
Ce mouvement a lieu à un peu plus de six mois de l'élection présidentielle, dans un climat social et politique tendu, sur fond de hausse des prix et de recherches de coupes budgétaires dont certaines concernent les jeunes, comme les aides au logement.
Accusé par les syndicats de répression disproportionnée, le gouvernement affiche sa fermeté face aux violences et en impute la responsabilité au parti La France insoumise (gauche radicale). Le parti a dit 'déplorer' les violences, tout en regrettant que l'exécutif 'résume' le mouvement à ces débordements.
/ATS