La France sonnée au lendemain d'une journée de mobilisation
A Paris, 855 personnes ont été interpellées samedi, "un chiffre record".
Photo: KEYSTONE/EPA/MOHAMMED BADRALe jour s'est levé dimanche sur un spectacle de désolation dans les rues des principales villes de France, au lendemain de violences en marge d'une mobilisation nationale contre 'la vie chère'. Plusieurs politiciens ont critiqué la gestion des forces de l'ordre.
Vélos en libre-service calcinés dans un amas de métal tordu, voitures brûlées, vitrines brisées, boutiques de produits de luxe ou de téléphonie mobile dévalisées... Au total, 1500 commerçants touchés dans le pays, des centaines de millions d'euros de dégâts, a évalué la Fédération du commerce et de la distribution.
Près de 2000 interpellations ont eu lieu, a annoncé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, précisant que 'plus de 600 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers ont été blessés'. A Saint-Etienne, un manifestant a eu la main arrachée par une grenade policière, selon une source proche du dossier.
A Paris, 855 personnes ont été interpellées samedi, un 'chiffre record', a annoncé dimanche la préfecture de police. Plus de 500 personnes sont en garde à vue, dont 171 mineurs, selon le parquet de Paris.
Des symboles de la République ont été attaqués: à Marseille, Lille, Angers et Bordeaux, des manifestants ont fait irruption dans des mairies ou des préfectures pour les vandaliser. A Lyon, une antenne de l'office de tourisme a été incendiée. A Limoges, c'est l'Hôtel de Ville qui a été 'en grande partie perdu' dans les flammes.
Manque de moyens policiers
Dans la capitale, 'des rues entières ont été méthodiquement ravagées', selon le maire socialiste Emmanuel Grégoire. Sa première adjointe Lamia El Aaraje a déploré 'un manque de moyens' policiers pour mettre un terme aux pillages.
Critique proche à Limoges, où le maire Guillaume Guérin (droite) a déploré que la police nationale ait 'manqué de moyens' et 'reculé' face aux casseurs. Dès samedi, le maire de MarseilleBenoît Payan (gauche) a 'demandé des comptes' au gouvernement.
Du parti d'extrême droite Rassemblement national (RN) samedi aux Ecologistes dimanche, des partis ont appelé à la 'démission' du ministre de l'Intérieur face à un dispositif de maintien de l'ordre jugé dépassé.
La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (macroniste), a annoncé qu'elle allait proposer une commission d'enquête parlementaire sur les violences et la stratégie de maintien de l'ordre.
'Convergence des luttes'
Après plusieurs semaines de mobilisation lycéenne, les organisateurs de la journée de samedi ambitionnaient de cimenter une 'convergence des luttes' avec les anciens gilets jaunes, sur fond de flambée du prix des carburants. Les manifestations ont rassemblé 550'000 personnes selon M. Nuñez, 800'000 selon les organisateurs.
Macron s'adressera aux Français
Face aux violences et à une certaine impuissance faute de majorité parlementaire, le gouvernement a affiché sa fermeté.
'Ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu'à nos mairies, seront poursuivis et punis', a assuré le président Emmanuel Macron sur X. 'Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos, qui ne cherchent qu'à abattre nos institutions'. M. Macron s'adressera aux Français à 20h00.
C'est 'un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd', a estimé le Premier ministre Sébastien Lecornu. Il a appelé le chef de file de La France insoumise (gauche radicale), Jean-Luc Mélenchon, à 'choisir son camp' entre celui 'de la République et donc des forces de l'ordre', et 'celui des casseurs'.
'Les discours des députés de Jean-Luc Mélenchon, en légitimant la violence, en considérant l'ordre comme une oppression et le désordre comme un droit, cherchent à précipiter le pays dans le chaos', a attaqué de son côté la candidate du RN à la présidentielle, Marine Le Pen. M. Mélenchon a assuré que 'ceux qui partagent' son combat 'n'ont rien à faire dans le pillage, le saccage'.
La journée de samedi en France a ainsi frappé les médias internationaux, pour qui elle signe le 'crépuscule du macronisme' et installe le duel entre gauche radicale et extrême droite pour cette élection.
/ATS