Mort d'un militant à Lyon: enquête pour « homicide volontaire »
Un jeune homme brandit un drapeau en hommage au jeune homme décédé à Lyon lors d'un rassemblement dimanche à Paris (archives).
Photo: KEYSTONE/EPA/MOHAMMED BADRALa justice française cherche à identifier 'au moins six individus' qui ont frappé, jeudi à Lyon, un militant nationaliste mort de ses blessures. Le gouvernement a déjà accusé un collectif antifasciste dissous, la Jeune Garde, proche de La France Insoumise (LFI).
Quentin Deranque, étudiant de 23 ans déclaré mort samedi, avait été deux jours plus tôt jeté au sol et frappé par 'au moins six individus' masqués et cagoulés, a expliqué lundi, lors d'une conférence de presse, le procureur de Lyon Thierry Dran.
Quand il a été pris en charge par les secours, le jeune homme 'présentait essentiellement des lésions à la tête', dont 'un traumatisme crânio-encéphalique majeur', mortel 'à brève échéance', a-t-il ajouté.
Interrogé pour savoir si des coups de couteaux avaient été portés, le procureur a répondu 'non, absolument pas', démentant de premières informations données vendredi par une source proche de l'enquête.
'Plus d'une quinzaine de témoins' ont été entendus, des vidéos de l'agression sont en cours d'analyse et 'au moment où je vous parle, il n'y a pas eu d'interpellation', a-t-il précisé.
'À ce stade', l'enquête, élargie au chef d'homicide volontaire, 'cherche à identifier l'ensemble des auteurs directs des faits criminels en se basant, non pas sur des rumeurs, mais sur des éléments recueillis lors des investigations', a souligné M. Dran.
Alors que le gouvernement français a accusé la Jeune Garde, le procureur a refusé d'en dire davantage sur le profil des agresseurs. 'Quand on aura interpellé les gens, on va vous en dire plus sur leur appartenance', a-t-il éludé.
'C'est l'ultragauche qui a tué'
A un mois d'élections municipales qui seront le dernier grand scrutin avant la présidentielle de 2027, l'affaire a provoqué une tempête politique en France et le président Emmanuel Macron a lancé samedi un appel 'au calme, à la retenue et au respect', souhaitant que soient condamnés 'les auteurs de cette ignominie'.
Dimanche, la Jeune Garde a contesté toute responsabilité dans ces 'tragiques événements', 'ayant suspendu toutes ses activités' depuis sa dissolution.
Ce collectif avait été créé par Raphaël Arnault, devenu ensuite député LFI, qui a exprimé samedi sur X 'horreur et dégoût' après la mort de l'étudiant.
Le collectif identitaire Némésis, proche de l'extrême droite, a lui affirmé que Quentin Deranque était chargé d'assurer la sécurité de plusieurs de ses militantes, venues manifester contre une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan, et qu'il avait été agressé par des militants antifascistes dont certains issus de la Jeune Garde.
Ancien membre du mouvement royaliste Action Française, Quentin Deranque était 'militant d'un groupe nationaliste-révolutionnaire local', a indiqué à l'AFP un porte-parole d'un autre groupe nationaliste lyonnais, 'Audace'.
Le gouvernement français a lui pointé du doigt la Jeune Garde. 'C'est l'ultragauche qui a tué, c'est incontestable', a affirmé dimanche le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin.
'Bataille rangée'
'L'enquête permettra de confirmer ou pas si c'étaient des militants de la Jeune Garde. Mais les témoignages vont en ce sens manifestement', a ajouté le même jour le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.
Lundi, la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a annoncé suspendre 'les droits d'accès' à l'Assemblée de Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de M. Arnault, 'dont le nom est cité par plusieurs témoins' dans l'agression.
Dimanche, M. Favrot a 'démenti formellement', par le biais de son avocat, 'être responsable de ce drame', mais il a annoncé se retirer de ses fonctions de collaborateur le temps de l'enquête. Il s'est dit 'menacé de mort par l'extrême droite dans tout le pays et en Europe'.
Quentin Deranque a été agressé près d'un établissement d'enseignement supérieur lyonnais, où avait lieu la conférence de Rima Hassan. Selon une source proche du dossier, il y a eu 'une bataille rangée entre des membres de l'ultragauche et de l'ultradroite' dans les rues avoisinantes.
Des vidéos présentées comme celles de l'agression et diffusées par des médias montrent trois hommes se faire rouer de coups de pied et de coups de poing, dont l'un reste au sol, apparemment inanimé.
D'autres noms de membres et d'ex-membres de la Jeune Garde circulent sur les réseaux sociaux. Tout en soulignant que cela pourrait les mettre en danger, l'avocate du groupe, Aïnoha Pascual, a noté que 'le fichage des militants de gauche et d'extrême gauche par les groupes identitaires n'était pas nouveau'.
/ATS