WEF: «Un moment de lucidité» selon Marie-Laure Salles
Le Forum économique mondial s’est achevé vendredi à Davos, marqué par les déclarations très controversées de Donald Trump. Pour Marie-Laure Salles, directrice du Geneva Graduate Institute (IHEID), cette 56e édition restera comme un tournant géopolitique et un électrochoc pour le multilatéralisme.
Pour la directrice de l’IHEID, le WEF 2026 a acté une rupture. «Nous sommes entrés dans une nouvelle ère géopolitique», affirme Marie-Laure Salles, évoquant une prise de conscience inédite chez les chefs d’État comme chez les leaders économiques. «Le monde d’avant ne reviendra pas.»
Donald Trump, symbole du basculement
Cette lucidité collective est largement liée à Donald Trump. Ses propos à Davos, jugés offensants envers la Suisse et sa conseillère fédérale, ont marqué les esprits. «Totalement inacceptable, totalement malpoli», tranche Marie-Laure Salles, rappelant que cette attitude a été perçue comme telle par de nombreux participants au WEF.
Face à cette agressivité américaine, la réaction suisse est jugée trop prudente. Une posture qui, selon la directrice de l’IHEID, commence toutefois à évoluer. Elle cite des prises de position «beaucoup plus courageuses», notamment du président français Emmanuel Macron, du Premier ministre canadien Mark Carney ou encore de Christine Lagarde – présidente de la BCE - qui aurait quitté un dîner privé en signe de protestation. «Il y a un moment, il faut avoir ce courage pour identifier les lignes rouges et pour dire qu’au-delà, on ne peut plus accepter ça», commente-t-elle
Un multilatéralisme sous pression
Autre événement marquant: l’annonce à Davos du Conseil de la paix et de sa charte. Une initiative que Marie-Laure Salles critique sévèrement. «C’est le contraire absolu du multilatéralisme», dénonce-t-elle, y voyant une vision «unilatérale, autoritaire», dominée par les États-Unis. Le symbole même de cette rupture se lirait jusque dans le logo de la nouvelle organisation, opposé à celui des Nations unies.
Dans ce contexte, la Genève internationale apparaît fragilisée, mais pas condamnée. Marie-Laure Salles est convaincue que ce moment de tension peut déboucher sur une réaction collective. Le choix, selon elle, est clair: accepter la loi du plus fort ou réaffirmer le droit international comme socle commun.
À court terme, la directrice de l’IHEID se dit lucide: «Il va y avoir encore du travail.» Mais à moyen terme, elle se montre confiante, pariant sur «un sursaut» et une transformation nécessaire du multilatéralisme.