À 15 ans, trop petit pour jouer. Aujourd'hui, il marque un doublé à la Coupe du monde
Longtemps freiné par son retard physique, Johan Manzambi a vu certains coéquipiers lui passer devant durant son adolescence. Mais le Genevois n'a jamais cessé d'y croire. Quelques années plus tard, le voilà à la Coupe du monde avec la Suisse, après une ascension fulgurante qui fait aujourd'hui de lui l'un des talents les plus convoités du football européen.
"Le joyau romand", "Manzambi fait sensation à Freiburg", "Manzambi continue d'émerveiller l'Europe". Depuis plusieurs semaines, les superlatifs fleurissent dans la presse suisse et allemande. À seulement 20 ans, Johan Manzambi est devenu l'un des noms qui agitent le football européen. Finaliste de l'Europa League avec Freiburg, appelé avec la Nati pour la Coupe du monde, le Genevois serait désormais dans le viseur de plusieurs géants du continent, parmi lesquels le Real Madrid, Manchester United ou encore le Paris Saint-Germain.
Une ascension éclair que peu auraient imaginée il y a quelques années.
«Franchement, on me le dit souvent, mais pour moi, je reste le même. Je reste le même et puis j'espère qu'au niveau mondial, je pourrai encore monter encore plus» souligne le talent genevois.
De Servette à Freiburg. Désormais comparé à Messi.
Pour comprendre l'engouement autour de Johan Manzambi, direction Freiburg, à une heure de Bâle. C'est ici que le Genevois débarque en 2023, à seulement 17 ans, après avoir quitté Servette pour rejoindre le centre de formation du club allemand.
«Comme Messi, il garde le ballon collé à lui, puis il accélère d'un coup»
Trois ans plus tard, son nom est partout.
Dans les tribunes du Europa-Park Stadion, les supporters arborent fièrement son maillot. À la boutique officielle, les flocages Manzambi figurent parmi les plus demandés. Pour beaucoup, il incarne parfaitement la réussite du modèle de formation du SC Freiburg.
«Je pense qu'en ce moment, personne ne représente mieux cela que Manzambi. C'est pour ça que tant de gens veulent son maillot actuellement» explique un supporter. «Comme Messi, il garde le ballon collé à lui, puis il accélère d'un coup. On a tout de suite vu quel potentiel il avait» ajoute un autre supporter.
Son football séduit également les observateurs allemands.
«Il est devenu plus fort physiquement, plus dangereux devant le but et techniquement bien meilleur. Un joueur d'une telle qualité est encore loin d'avoir atteint sa limite» décrypte Felix Görner, journaliste pour RTL Deutschland. «Un joueur comme ça, on ne peut pas le retenir. Le prochain grand club va arriver. Je suis convaincu qu'un Guardiola dirait de lui : top, top, top joueur».
La revanche du garçon trop petit laissé sur le banc
Cette explosion actuelle prend encore plus de relief lorsqu'on se replonge dans son parcours.
À Servette, Johan Manzambi n'a pas toujours été le phénomène que l'on connaît aujourd'hui. Jusqu'à 13 ou 14 ans, il domine souvent les débats. Puis son développement physique prend du retard par rapport à celui de ses concurrents.
«Jusqu'à 13-14 ans, c'est un phénomène. Vraiment en avance. Puis quand la puberté s'est déclenchée chez les autres mais pas encore chez lui, c'est devenu plus difficile» se souvient son ancien entraîneur à Servette Hamid El Ouannan.
Le Genevois joue moins. Certains coéquipiers lui passent devant. Les sélections se compliquent. «Il ne jouait quasiment plus. Pendant des années, il voyait les autres se passer devant et lui était sur le banc.» Mais cette période forge sa personnalité. «Je pense qu'il a créé quelque chose au niveau psychologique qui lui a permis d'avoir une certaine résilience et de capitaliser sur les éléments importants de son développement personnel.» Aujourd'hui encore, cette résilience reste l'une de ses principales qualités.
"Ça, c'est Johan: le culot"
Ceux qui l'ont côtoyé plus jeune évoquent tous le même trait de caractère : son audace. Un jour, lors d'un match de juniors, il tente un geste improbable. Dès l'engagement, il frappe directement au but et marque.
«Le but a fait le tour d'Europe. Il fallait quand même avoir le courage de tenter ça. Ça, c'est Johan en fait. C'est le culot» explique Hamdi El Ouannan. Une qualité que le principal intéressé revendique volontiers. «C'est ce qui m'aide dans ma mentalité pour devenir plus fort. Aujourd'hui, je suis toujours comme ça et j'espère aller le plus haut possible comme ça.»
Le football du matin au soir
Cette détermination ne date pas d'hier. Bien avant les stades allemands et les soirées européennes, Johan était déjà obsédé par le ballon rond. Son ancien entraîneur Greg Sutter en M17/M18 se souvient d'un adolescent incapable de décrocher du football.
«Tous les midis, il était sur le terrain avec un ballon. C'était un vrai passionné. Toujours actif, toujours dans le foot.» Une passion qui débordait aussi largement à la maison.
«Mon père m'a dit: "Tu le laisses. Est-ce que tu sais le talent qu'il a ?"»
Sa grande sœur en sourit aujourd'hui, mais elle n'a pas oublié certaines nuits agitées: «Une fois, je dormais et lui jouait au foot dans le salon. J'entendais boum, boum, boum. Moi ça m'a agacée, alors je me suis levée pour lui dire d'arrêter.» La réponse de son père est devenue une anecdote familiale: «Mon père m'a dit : "Tu le laisses. Est-ce que tu sais le talent qu'il a ?" Merci pour mon sommeil...» Quelques années plus tard, difficile de lui donner tort.
Le rêve américain
Le hasard du calendrier offre un joli clin d'œil à son histoire. Cette Coupe du monde se déroule aux États-Unis, un pays que Johan Manzambi connaît déjà bien.
Le 11 juin dernier, il y a inscrit son premier but avec l'équipe de Suisse lors d'un match amical. Mais sa découverte du continent nord-américain remonte à 2019, lorsqu'il participe à une tournée avec les M15 du Servette FC sur la côte Est américaine et au Canada.
À l'époque, il n'était qu'un jeune talent parmi d'autres. Aujourd'hui, il s'apprête à fouler la plus grande scène du football mondial. Ses proches seront d'ailleurs du voyage. «On savait qu'il bossait beaucoup pour ça et qu'il était déterminé. Mais on ne pensait pas forcément que ça arriverait déjà cette année. Là, on se dit : waouh, ça se réalise réellement.»
Du sport-études de Cayla aux pelouses de Bundesliga, du salon familial où il faisait rebondir son ballon aux stades de la Coupe du monde, Johan Manzambi a transformé les frustrations de son adolescence en moteur. Une revanche construite dans le travail et la patience.
À 15 ans, il était parfois trop petit pour jouer. Aujourd'hui, le monde du football n'a d'yeux que pour lui.