Sport

Alain Petter: l'adrénaline plus forte que le handicap

15.03.2026 18h30 Pierre Pillet

Petter

Pour Alain Petter, tout aurait pu s’arrêter le jour de son accident. Ancien pilote d’enduro en championnat suisse, il devient paraplégique en 1999. Mais l’adrénaline a été plus forte que le handicap : renoncer n’a jamais été une option.

La passion de la moto ne l’a jamais quitté. Même après l’accident qui l’a rendu paraplégique, Alain Petter continue de poser sur sa machine un regard chargé d’émotion. « Je roule là avec les pimpins, mais parce que je suis un pimpin, il ne faut pas l’oublier », lance-t-il avec son humour intact. Derrière la boutade, il y a des années de combat, d’adaptation et de persévérance.

Sur la piste, notamment sur le circuit de Catalunya à Barcelone, il retrouve ce qui l’a toujours fait vibrer. « Qui l’aurait cru, ça ? Sur le circuit où il y a la MotoGP… » Là-bas, il roule, il ose, il repousse ses limites. « Au début, je n’osais pas passer le 160… mon gamin l’a fait. Moi, à 235, je n’ai pas été plus vite. » Peu importe les chronos — « Mes gamins me mettent 20 secondes » — l’essentiel est ailleurs : la concentration, l’adrénaline, le frisson intact.

Rien n’a été simple. Les départs et les arrivées demandent de l’aide. « Ils doivent être là pour me maintenir, autrement je tombe. » Il raconte même, amusé, ce jour où son équipe l’a oublié aux stands : « J’ai dû faire trois ou quatre fois le tour du box, ils étaient déjà à l’apéro. » L’autodérision comme moteur, encore et toujours.

Mécanicien usineur de métier, Alain transforme chaque contrainte en défi technique. Dans son atelier, il imagine et fabrique ses propres adaptations : commandes déplacées, vitesses au guidon, systèmes ajustés au millimètre. « Côté main gauche, il y a du monde : l’embrayage, le frein arrière, la montée et la descente des vitesses… » Chaque pièce raconte des heures de réflexion et d’essais. Pour lui, la passion passe aussi par l’ingéniosité.

Et la moto n’est qu’un chapitre. Ski nautique, quad, ski alpin : Alain refuse de se laisser définir par son fauteuil. « Si je n’en fais pas, j’ai mal partout. » Le sport est devenu une nécessité, un équilibre à retrouver, parfois au prix de nombreuses chutes. « Je n’arrêtais pas de me casser la figure au début. C’était terrible. »

À 63 ans, une autre passion occupe désormais ses journées. Plus silencieuse, plus contemplative. Dans son jardin, il observe les oiseaux. « On entend des pics… pour les voir, c’est autre chose. » Le rugissement des moteurs a laissé place au battement d’ailes. Mais au fond, rien n’a changé : l’envie de vivre intensément, coûte que coûte.