Matthis Granet bat le record du monde sur le Salève
L’ultratraileur annécien Matthis Granet a battu le record du monde de dénivelé positif en 48 heures en avalant 24'759 mètres de montée au Salève. Une performance hors normes réalisée dans le cadre de sa préparation pour le mythique Tor des Géants.
Près de trois ascensions de l’Everest depuis le niveau de la mer en seulement 48 heures: c’est l’exploit signé par Matthis Granet, qui a établi un nouveau record du monde avec 24'759 mètres de dénivelé positif accumulés sur le Salève. «On se rend compte parce qu’on a un peu mal aux jambes quand même les jours suivants», sourit-il. Mais contre toute attente, ce ne sont pas les douleurs musculaires qui l’ont le plus marqué. «Pour moi, le pire, c’était la faim. Je me réveillais toutes les trois heures parce que j’avais faim.»
Un record pour préparer un défi encore plus grand
Derrière cette performance se cache avant tout un objectif sportif. En septembre, Matthis Granet s’alignera sur le Tor des Géants, une épreuve de 330 kilomètres dans les Alpes italiennes. «Je voulais avoir un effort un peu plus condensé» que ses précédentes aventures de très longue durée, explique-t-il. Ce record lui a permis de tester sa gestion du sommeil, de la nutrition et de l’effort sur deux jours complets. L’événement avait aussi une dimension solidaire. «On a pu récolter plus de 3'300 euros pour une association. C’est quelque chose qui n’est pas possible sur une course traditionnelle.»
Habitué à sortir des sentiers battus, le Français voit dans les records une autre manière de vivre sa discipline. «Il n’y a pas que les dossards qui existent. Il y a aussi ces records, il y a aussi des projets.» Selon lui, chacun peut imaginer son propre défi.
358 fois la même pente
Pour établir sa marque, Matthis Granet a répété 358 fois une montée de 69 mètres de dénivelé à la Croisette, au sommet du Salève. Un choix qui peut surprendre. «Physiologiquement, il y a des recherches qui ont été faites et c’est plus efficace d’avoir une pente courte pour monter rapidement et enchaîner avec la descente», explique-t-il. Une stratégie qui lui a permis d’optimiser chaque minute de son effort.
Malgré la répétition du même parcours pendant deux jours, l’ennui ne s’est jamais invité. «Je n’ai fait aucune montée, descente tout seul pendant les 48 heures.» Des amis et accompagnateurs se sont relayés sans interruption. «Les discussions changeaient tout le temps. En fait, c’est passé tout seul.»
Dormir 45 minutes en deux jours
L’un des aspects les plus impressionnants de la performance reste la gestion du sommeil. Au total, l’ultratraileur n’a dormi que 45 minutes. «J’ai dormi au bout de 31 heures une sieste de 35 minutes. Puis au bout de 40 heures, j’ai dormi 10 minutes.» Suffisant pour éviter les hallucinations souvent associées aux efforts extrêmes. «Je pense que quand on a des hallucinations, c’est qu’on est allé un peu trop loin au niveau sommeil.»
Pour lui, la réussite repose sur un équilibre délicat. «C’est un mélange des deux», répond-il lorsqu’on lui demande si la difficulté est surtout mentale ou physique. «Parfois, c’est le mental qui est un peu plus dur. Parfois, c’est le physique.»
«Aller chercher ses limites»
Au-delà des records, Matthis Granet voit dans l’ultra-trail un moyen de mieux se connaître. «Pour moi, c’est le sentiment de liberté, c’est d’aller chercher ses limites, c’est découvrir son corps.» Une quête personnelle qu’il tente également de mettre au service de causes associatives afin de «donner plus de sens» à sa pratique.
Déjà tourné vers ses prochains objectifs, il rappelle toutefois l’importance de savourer les succès. «On s’entraîne des heures et des heures pour très peu de moments de gloire. Donc il faut savoir en profiter.»
L’essor actuel du trail le réjouit également. «Je trouve ça génial que les gens aillent se dépasser et qu’ils aillent en montagne.» Un engouement qu’il accompagne toutefois d’un conseil simple: «Il faut y aller progressivement, petit à petit.»