Suisse

Nicolas Féraud: «J'assumerai ce que je devrai assumer»

27.01.2026 13h24 ATS

Nicolas Feraud, Mayor of Crans-Montana, poses for the photographer during an interview, in Crans-Montana, Switzerland, Monday, January 26, 2026. 40 people mostly teenagers lost their lives and 116 were severely injured in the fire at the bar "Le Constellation" on New Year's celebration in the Swiss Alps resort of Crans-Montana. (KEYSTONE/Cyril Zingaro) Nicolas Feraud, Président de Crans-Montana (KEYSTONE/Cyril Zingaro).

Muet depuis la conférence de presse du 6 janvier où il n'avait pas adressé d'excuses aux victimes du drame du bar "Le Constellation", le président de Crans-Montana Nicolas Féraud fait son mea culpa. Dans une interview accordée à Keystone-ATS, il se dit prêt à assumer ses responsabilités.

Nicolas Féraud, considérez-vous la conférence de presse du 6 janvier comme un ratage?

L'objectif était d'informer la population en étant clair et la presse qui avait des exigences légitimes. Nous estimions qu'il s'agissait du bon moment pour le faire, par respect pour les victimes. Je regrette de ne pas avoir demandé pardon et formulé des excuses, au nom de la commune. Dans un contexte émotionnellement très difficile pour nous tous, j'ai commis l'erreur de privilégier la prudence pour gérer la partie officielle de cette conférence de presse, plutôt que les excuses et les émotions.

A cinq reprises, des journalistes italiens ont demandé votre démission.

Ce n'est pas ce qui m'a dérangé. Le point qui m'a vraiment touché, c'est quand certains journalistes ont affirmé que j'ai touché des pots-de-vin. Là, on a remis en cause mon intégrité alors que je fais de la politique de manière honnête.

Pourquoi aucun membre de la commune n'a participé aux conférences de presse des 2 et 3 janvier?

Le 31 décembre, j'ai passé le réveillon, en famille, à Londres. Le temps de rentrer en Suisse, c'est la vice-présidente Nicole Bonvin Clivaz qui a participé à la première conférence de presse, le 1er janvier au matin. L'après-midi, j'étais présent à Sion, sans tout connaître de la situation. Le 2, le Canton m'a dit qu'il s'agissait simplement d'un point de situation "technique", auquel je n'ai pas été convié et le 3, je n'ai pas non plus été invité à ce point-presse.

A l'occasion de l'hommage national rendu à Martigny, vous avez préféré rester à Crans-Montana.

Il fallait se répartir sur les deux sites. Le Conseil municipal a fait le choix d'envoyer deux conseillers à Martigny. Moi, j'ai estimé que ma place était d'être avec ma communauté, à Crans-Montana, où plusieurs milliers de personnes ont suivi la cérémonie.

Avec le couple Moretti, vous êtes devenu "l'homme à abattre."

Je m'en rends bien compte. Je suis coupable aux yeux de beaucoup de gens. Le Ministère public instruira et établira les responsabilités de chacun, dont la mienne et j'y ferai face. Humainement et sans spéculer sur ce que dira la justice, je ressens cette responsabilité. Pour l'instant, je n'ai pas été auditionné. J'assumerai ce que je devrai assumer, si je devais être inculpé.

Avez-vous reçu des menaces?

J'ai reçu plusieurs menaces de mort. Je peux comprendre ces gens, qui n'ont pas les réponses qu'ils espèrent et qui souffrent. Parallèlement, au sein du Conseil communal, nous analysons la question de la sécurité de nos employés. De nombreux collaborateurs sont traumatisés par ce drame. Je pense aussi à eux.

Que saviez-vous des contrôles effectués dans les lieux publics?

Manifestement pas assez et je ne m'explique pas cette carence qui a émergé quant à la périodicité des contrôles. Je refuse de croire qu'elle est systémique à Crans-Montana.

Trois mois ont été donnés à l'exploitant après des contrôles en 2018 et de 2019 pour effectuer certaines tâches en matière de sécurité. En vain.

Ce n'est pas aussi clair que cela. L'instruction dira si les demandes de régularisation ont été ou n'ont pas été suivies d'effets et si cela était dans le drame qui est survenu. Nos responsables sont pourtant reconnus comme pointilleux. Par ailleurs, je ne peux pas préjuger du fonctionnement propre à chaque service et à la manière dont ce travail est coordonné avec le dicastère politique.

Vous avez indiqué que seuls 40 établissements publics sur 128 ont été contrôlés en 2025.

Comme nous l'avons déjà annoncé le 6 janvier, il y a eu des carences! Face à ce constat, depuis le 19 janvier, nous avons donc renforcé notre service avec l'engagement de spécialistes dans les contrôles périodiques des lieux publics. Leur mission est d'effectuer le plus vite possible tous ces contrôles, afin de rassurer les citoyens, les clients, les résidents et les propriétaires. Ils devront aussi proposer un suivi dès 2027.

Dans ce dossier, vous avez voulu que la commune devienne partie civile.

C'était une demande prise le 2 janvier alors que tout se précipitait. Sur le moment, le Conseil communal a fait cette demande, afin d'être le plus proche possible de la communauté de Crans-Montana (habitants, hôtes et acteurs locaux) touchée par le drame.

D'un point de vue personnel, comment vous portez-vous?

Je pleure tous les jours d'avoir perdu tous ces gens surtout si jeunes et de voir autant de blessés qui souffrent encore. Ce traumatisme restera toute ma vie. La blessure est béante et mon coeur est dévasté. C'est le pire moment de mon existence et ça le restera probablement jusqu'à la fin. Je suis aidé par un psychologue et nul doute que j'en aurai encore besoin longtemps.

Je m'attèle à gérer la crise. Jusqu'au terme de mon mandat, je n'abandonnerai pas le navire en pleine tempête, par respect de la commune et de la destination. Ce qui me fait avancer, c'est l'engagement de tous pour retrouver un nouveau chemin vers l'avenir.