À Carouge, une société fait vivre le tir au canon depuis 1852
À Carouge, des passionnés entretiennent depuis près de deux siècles une drôle de tradition : le tir au canon. Une discipline qui se pratique avec de petits canons montés sur affût. Ce week-end et le suivant, le titre de roi ou de reine de la Vogue se jouera sur le stand de tir. Découverte d’une tradition bien carougeoise et de ceux qui continuent à la faire vivre.
À quelques jours de la Vogue, derrière les volets du stand de tir de Carouge, une vieille tradition reprend du service. Depuis 1852, on y tire au canon. Mais attention, en version miniature. Il ne s'agit pas d'une grosse pièce d'artillerie mais d'un petit tube fixé sur un lourd socle en fonte.
«On peut régler le canon par la hausse, avec une vis centrale, et par la dérive, avec une vis latérale», explique Gilles, président de la Société du Tir au Canon de Carouge. Une cartouche de calibre .22 est ensuite glissée dans la chambre, avant de viser une cible située à 75 mètres.
Une tradition "unique au monde"
La discipline s’est développée au XIXe siècle dans plusieurs communes genevoises. Le principe permettait notamment aux femmes de tirer sans devoir porter une lourde carabine ni se coucher au sol. Ailleurs, la pratique a disparu. À Carouge, elle a résisté. «On est la dernière société, c’est quelque chose d’unique au monde», raconte Dominique Barbuzzi, membre et responsable sponsorings de la société. «On est dans un contexte et des conditions de tir totalement hors du temps par rapport à ce qui se fait aujourd’hui.» Un côté hors du temps qui fait justement, selon lui, tout le charme du lieu.
«À Carouge, ça reste quelque chose de pouvoir dire: j’ai été roi du tir un jour.»
Si la tradition a traversé les générations, elle le doit beaucoup à son grand rendez-vous: le Tir de la Vogue. Ce week-end et le suivant, habitués comme curieux pourront venir tenter leur chance.
Le principe est simple: placer son tir au plus près du centre de la cible. Pour départager les concurrents, pas question de se fier à l’œil nu. Le stand possède sa propre machine de mesure, datant des années 1980 — ici, presque une nouveauté. «On pose la mouche à l’intérieur et on déplace le doigt jusqu’à ce qu’il rentre dans le trou. Cela nous donne la valeur par rapport au centre», détaille Dominique. Le tir le plus proche permet de décrocher le titre le plus prestigieux: celui de roi ou de reine. «On ne va pas être renommé dans le monde entier, mais les gens se prennent au jeu», sourit Dominique. «À Carouge, ça reste quelque chose de pouvoir dire: j’ai été roi du tir un jour.» Et pour ceux qui ont réussi plusieurs fois, «c’est un peu le nirvana».
Pour décrocher la couronne, il faut habiter Carouge ou être membre de la société. Les autres ne sont pas oubliés: plusieurs catégories sont ouvertes à tous, dès l’âge de six ans. Et ici, difficile de devenir un as du canon: le stand n’ouvre au tir que pour les concours. Adresse et chance feront le reste.