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À Genève, les chercheurs en sciences sociales dénoncent un sous-financement chronique

26.02.2026 17h26 Lucie Hainaut

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Plus d’un millier de chercheurs et chercheuses ont adressé une lettre ouverte à Guy Parmelin pour dénoncer l’absence de projets issus des sciences humaines et sociales dans les nouveaux Pôles de recherche nationaux. À l’Université de Genève, l’inquiétude grandit.

La Confédération investira près de 100 millions de francs dans six nouveaux Pôles de recherche nationaux entre 2026 et 2029. Objectif: soutenir l’excellence scientifique suisse. Problème: aucun des projets sélectionnés ne provient des sciences humaines et sociales.

Pour les milieux académiques, cette mise à l’écart n’est pas nouvelle. «Dans ce pays, on a toujours privilégié les aspects techniques, l’ingénierie ou la médecine, plutôt que les sciences sociales. Résultat: ce savoir, on l’importe, et souvent il n’est pas adapté à la Suisse», regrette Sandro Cattacin, Professeur ordinaire au département de sociologie de l’Université de Genève.

Des équipes réduites et un avenir fragilisé

À Genève, les conséquences sont concrètes. Le professeur Sandro Cattacin a vu son équipe passer de douze à six personnes en un an. Les premiers touchés sont les doctorants, assistants et post-doctorants, soit le corps intermédiaire qui constitue la relève académique.

Pour compenser, les chercheurs multiplient les demandes de financement. «On est obligé d’aller chercher de l’argent ailleurs. En deux mois, j’ai soumis vingt demandes différentes», explique-t-il. Les fondations privées deviennent une alternative, mais elles sont elles-mêmes fortement sollicitées.

Une discipline jugée trop critique?

Sandro Cattacin estime que les sciences sociales dérangent davantage que d’autres domaines. «Une société ne peut pas avancer sans critique. Si le pouvoir a peur de la critique, c’est le signe d’une technocratisation qui affaiblit le débat.»

Les signataires de la lettre demandent une révision des critères d’évaluation des Pôles de recherche nationaux, afin de garantir un accès plus équitable aux financements.

Le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche précise toutefois qu’un programme complémentaire sera réservé aux sciences humaines et sociales. Reste à savoir si ces mesures suffiront à apaiser les inquiétudes du monde académique.