Genève

À la Caisse publique de prêts sur gages, la comédie continue

05.02.2026 19h10 Jérémy Seydoux, Laure Lugon

Lorella Bertani et Lynn Bertholet À gauche, Lorella Bertani, présidente de la CPPG. À droite, l'administratrice déléguée Lynn Bertholet. (illustration: Léman Bleu)

On savait la Caisse publique de prêts sur gages généreuse avec ses proches, on aurait imaginé qu’elle calmât le rythme une fois prise dans les phares de Léman Bleu et de la Cour des Comptes. Que nenni. L’institution publique, présidée par la socialiste Lorella Bertani et administrée par Lynn Bertholet, a multiplié les versements exceptionnels en fin d’année dernière. 

Monopole public et seul autorisé à pratiquer sur le canton, le mont-de-piété sauce genevoise semble en réalité fonctionner comme une boutique familiale, révélait en septembre dernier Léman Bleu. Népotisme, recours à des proches pour des petits travaux, rémunérations exceptionnelles accordées dans un entre-soi déconcertant et juteux mandats confiés à l’administratrice déléguée, Lynn Bertholet, en sus de sa rétribution annuelle. 

Une série de dénonciations avaient à l’époque poussé la Cour des Comptes, gendarme des deniers publics, à se saisir de la question. Espérées pour l’automne, puis pour la fin d’année, les conclusions des magistrats seraient prêtes à éclore tout prochainement. Le dossier serait fleuri, nous glisse une source au parfum.

Lire aussi: «La Caisse publique de prêts sur gages, une famille formidable»

Mais selon nos informations, le champ de cette enquête couvre une période allant de 2018 à septembre 2025. Ainsi, on n’y lira pas de nouveaux éléments tombés dans la besace de Léman Bleu non couverts par la période analysée, en particulier un dernier trimestre 2025 gratiné. 

Lynn Bertholet a quasi triplé ses revenus l’an dernier

On ne devrait donc pas y voir figurer les près des 45’000 francs d’indemnités versées l’année dernière, particulièrement en décembre, à l’administratrice déléguée Lynn Bertholet. Presque le triple des 17’000 francs annuels qu’elle touche habituellement.

Interpellée, la CPPG nous indique qu’une partie de cette somme, soit 15’000 francs, représente «125,25 heures extraordinaires» effectuées par Lynn Bertholet en 2024, pour pallier l’absence de l’ex-directeur «qui a entraîné une situation de crise sur le plan organisationnel, notamment compte tenu de la taille réduite de l’équipe». Ces heures ont fait l’objet d’une facture établie et honorée en 2025. 

S’agissant des 30’000 francs restants, il couvrent les indemnités ordinaires auxquelles se sont ajoutées 16’000 francs «représentant 80 séances à 200 francs». Lynn Bertholet semble avoir une définition plutôt extensive du mot séance, qui englobe également des rendez-vous «chez le préposé à la protection des données, à la Cour des comptes et des réunions de chantier hebdomadaires». La CPPG réalise en effet des travaux dans ses locaux. Cette dernière rappelle qu’ils sont financés sans le concours de l’État.

En outre, l’administratrice déléguée indique avoir travaillé «296,25 heures» en 2025. En principe rétribuée au forfait, cette dernière paraît donc être traitée comme une employée à part entière pouvant faire valoir des tâches supplémentaires. 

50% d’augmentation pour la présidente

Les fins limiers de la Cour des Comptes ne nous renseigneront pas davantage sur les 9’200 francs versés en 2025 à la présidente Lorella Bertani, rémunération en hausse de 50% par rapport aux 6’000 francs des années précédentes. 

La CPPG note que les 5’200 francs supplémentaires «représentent 26 séances à 200 francs». Sans doute le résultat d’une pile d’heures supplémentaires effectuées en raison de tous les malheurs qui s’abattent sur la Caisse, entre licenciements et conflits internes, a-t-on encore appris. 

On imaginait quand même la Caisse à l’abri de traitements financiers aussi fluctuants, puisque les rémunérations du Conseil d’administration sont fixées dans la loi. À savoir, 14’000 francs annuels pour l’administratrice déléguée et 4’000 francs pour la présidence, auxquels s’ajoutent les séances du Conseil d’administration. 

Rappelons encore que ce Conseil est composé de représentants de tous les partis politiques et de personnes nommées par le Conseil d’État. À ce titre, la CPPG relève que toutes les rémunérations, y compris celles sortant de l’ordinaire, «ont été discutées et approuvées» par le Conseil. 

Quand Lorella Bertani facturait 2’000 francs un discours d’anniversaire

Last but not least, d’autres transactions nous sont apparues après nos révélations d’octobre et n’ont pas manqué de piquer notre curiosité. 2’000 francs que Lorella Bertani s’est fait verser en 2022 pour avoir rédigé et prononcé un discours en marge des 150 ans de la Caisse. En plus de son indemnité.

«Une présentation tronquée des faits», selon la CPPG, qui parle d’un «acte de colloque universitaire dans le cadre d’un ouvrage sur les 150 ans de la CPPG». Cela aurait nécessité «des recherches historique et de nombreux échanges avec un chercheur. Le discours n’était que la pointe de l’iceberg.»

La fille de la codirectrice toujours en poste à la Caisse

Sinon, dans un tout autre registre, la fille de la codirectrice de la CPPG, fraîchement diplômée du post-obligatoire, effectuait toujours un stage rémunéré au sein de l’institution en fin d’année dernière, cumulant depuis novembre 2024 - et moyennant quelques pauses - la rondelette somme de 16’000 francs. Elle est même passée au statut d’employée temporaire à 50%, situation prolongée jusqu’au 30 janvier 2026.

La CPPG n’y voit aucun problème et livre même un point de vue juridique iconoclaste: «Il n’existe aucune interdiction au sein d’entreprises privées ou publiques, d’engager des proches, lorsqu’il s’agit d’apprentissage, de stage ou de travail temporaire.» 

Formation à Lyon pour le stagiaire français

Et puisque vous demandez des nouvelles du stagiaire français, engagé l’an dernier pour deux ans mais au bénéfice d’un contrat à durée indéterminée (sic), la Caisse lui a prêté la somme de 9’800 euros, retenue sur son salaire, pour une première année de formation à Lyon. Magnanime, elle lui a offert l’année dernière la deuxième tranche de 9’800 euros, contre l’obligation de rester deux ans supplémentaires employé à la Caisse.

Inutile de préciser qu’il s’agit aussi d’une bonne connaissance de l’administratrice déléguée Lynn Bertholet: le petit-ami de son ancienne collaboratrice au sein de l’association Épicène, association s’engageant pour les droits des personnes trans. 

Nathalie Fontanet dans l’attente

Cette structure, en difficulté financière, a d’ailleurs été mise en liquidation le 20 septembre dernier, lit-on sur son site internet. Dans Le Temps, Lynn Bertholet accusait tant Donald Trump que l’UDC Lionel Dugerdil d’avoir contribué à fragiliser l’association.  

Et Nathalie Fontanet dans tout ça? La conseillère d’État est la ministre de tutelle de cette auguste Caisse fondée en 1872. Sollicitée par Léman Bleu, elle joue la carte de la prudence. Son service de communication indique qu’elle «attend les conclusions de la Cour des comptes et n’a pas de déclaration à faire.»