Genève

Abdallah Chatila veut sa part du PAV, malgré 550 millions de poursuites

26.02.2026 17h08 Laure Lugon, Martin Esposito

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L'homme d'affaires veut acheter les droits de superficie permettant de construire la deuxième tour du PAV ainsi qu'une autre société. Mais nous révélons qu'il est très lourdement endetté. Enquête.

Il est insatiable. Malgré des déboires financiers, l’appétit d’Abdallah Chatila, homme d’affaires très actif dans l’immobilier, veut désormais sa part de gâteau au PAV (Praille-Acacias-Vernets). Notamment la tour de 170 mètres, qui sera érigée en face de l’Etoile, à l’emplacement du McDo.

Cependant, il en est encore loin, contrairement à ce qu’affirme le journal immobilier.ch. Voici pourquoi. Selon des documents en notre possession, le groupe d’Abdallah Chatila veut acquérir la société détentrice des droits de superficie de la future tour, Fordinvest Immobilien Sarl, à Schwytz, pour 50 millions. L’homme d’affaires a déjà payé un acompte de 10 millions. Cette opération est réalisée par la société m3 Steiner Development SA. Cette dernière possède un accord avec l’entreprise générale Halter, un joint-venture dont il héritera.

«Il existe des clauses qui permettent à la Fondation de s'opposer à un changement d'actionnaire»

Encore faut-il qu’il finalise cette vente. Car Abdallah Chatila est criblé de dettes: plus de 550 millions, selon l’extrait des poursuites que nous nous sommes procurés, entre son groupe et sa personne. Une somme colossale, en hausse de 50% depuis l’été dernier. La Fondation PAV peut-elle faire confiance à un investisseur aussi endetté? «Effectivement, dans les accords de développement qui ont été conclus, il existe des clauses qui permettent à la Fondation de s'opposer à un changement d'actionnaire au sein de la société avec laquelle on a conclu l'accord», explique Bertrand Reich, président de la Fondation PAV. Et pour quels motifs la Fondation peut-elle bloquer une vente? «Sans trop rentrer dans les détails, les critères sont de deux ordres, la solvabilité et puis la correction en affaires.»

Dans le milieu immobilier, les poursuites sont monnaie courante. Mais les créanciers d’Abdallah Chatila sont aussi des banques, des grosses sociétés et même l’administration fiscale. Il faudrait donc que ses actifs soient bien supérieurs au montant des dettes pour qu’on puisse considérer cet investisseur comme solide. «Le fait que quelqu'un ait des dettes ne veut pas dire qu'il n'est pas solvable, effectivement», note Bertrand Reich.

«Oui, nous sommes solvables»

Alors, qu’en est-il exactement? Contacté, Abdallah Chatila nous répond par écrit: «Le groupe a une valorisation brute dépassant 1,4 milliard de francs avant les dettes qui s’élèvent à 300 millions. Oui, nous sommes solvables.» Il faudra le croire sur parole, en l’absence d’une confirmation par un évaluateur. Au registre du commerce, la société m3 Steiner Development SA, qui veut acheter les droits de superficie de la tour du PAV, possède 564 millions de fonds propres et de capital social.

Depuis quelques années, les revers de fortune s’accumulent pour l’homme d’affaires. Des aventures dans le domaine sanitaire et dans la restauration le mettent en difficulté. Sans compter le rachat, en 2022, de Sberbank Suisse, devenue TradeXBank. Selon une enquête de la Tribune de Genève et de Heidi news, un investisseur américain l’aide à finaliser l’opération, moyennant le rachat des actions pour 54 millions et 15% d’intérêts annuels, dont il est solidairement responsable. Il ne parvient pas à payer. L’été dernier, il est désavoué par un tribunal arbitral dans son litige avec l’investisseur. Des actifs clés du groupe M3 son séquestrés. Aujourd’hui, la somme due figure toujours au registre des poursuites, soit près de 70 millions avec les intérêts.

Il a signé un autre protocole d'entente avec une deuxième société

Peut-être caresse-t-il l’espoir de revendre cette acquisition du PAV à un prix élevé pour lui permettre de rembourser cette dette. Car rien n’empêche de spéculer sur ce futur gratte-ciel: «Pour les projets portés par des investisseurs privés en zone ordinaire, l'État ne contrôlera pas les prix, confirme Bertrand Reich. C'est le marché qui va définir ce qui est possible ou ce qui ne l’est pas. L’État impose deux contraintes: ça doit être des tours mixtes, logements et bureaux et le dernier étage doit être accessible au public.»

Les visées d’Abdallah Chatila ne s’arrêtent pas à la tour de 170 mètres. Il lorgne aussi les droits de superficie de la société Previgest où seront construits des logements. Selon nos informations, il a signé début février un protocole d’entente et aurait déjà versé une quinzaine de millions comme garantie de ses capacités financières. La promesse d’acquisition devrait être signée à la fin de la semaine prochaine. Les actionnaires de la société n’ont pas retourné nos appels. Quoi qu’il en soit, cet accord devra lui aussi être soumis à approbation par la Fondation PAV. Et ce, malgré sa mentalité de joueur et un certain talent.