Genève

Abris antiatomiques: Genève loin derrière les autres cantons

19.03.2026 19h14 Laure Lugon, Lucie Hainaut

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Avez-vous une place dans un abri antiatomique? Pas sûr puisqu’à Genève, il manque 83’000 places. Si une attaque survient aujourd’hui, seul 84% de la population pourra être accueillie dans un abri.

On n’y pensait plus beaucoup depuis la Guerre froide. Depuis que les crises géopolitiques se succèdent, les fameux abris antiatomiques construits dans les années soixante et suivantes reviennent dans les mémoires.

À Meyrin, le commandant de l’ORPC Meyrin-Mandement, Didier Brodard, ouvre les portes d’un abri privé: «Si une personne veut rentrer dans l’abri, elle doit fermer la porte blindée et prendre une douche. Le temps de rinçage est de 7 minutes, de manière à enlever toutes les particules radioactives avant de rentrer, pour éviter de contaminer toutes les personnes dans l’abri»

La moitié des abris suisses ne sont plus aux normes

Dans les années nonante, les abris antiatomiques étaient considérés comme désuets et inutiles, alors qu’une loi de 1961 stipule que chaque Suisse doit avoir une place sous terre. Devant les nouvelles menaces géopolitiques, la Confédération a exigé l’an dernier la rénovation de ceux antérieurs à 1985. Dans toute la Suisse, la moitié des abris sont plus anciens, donc plus aux normes. C’est à chaque canton de procéder à un inventaire et aux réfections. À Genève, le contrôle des abris publics comme privés est réalisé tous les dix ans, afin d’identifier les composants à changer.

Le problème, c’est que Genève est loin du compte. Avec 12’100 abris, le canton affiche un taux de couverture de 84% seulement, selon le dernier relevé de décembre 2022. Insuffisant en regard de la moyenne nationale, située à plus de 100%. La Confédération totalise 370'000 abris. 

C’est que Genève compte beaucoup de bâtiments historiques sous lesquels il n’est pas possible de construire. Sans compter que jusqu’à cette année, les surélévations d’immeubles étaient exemptées de l’obligation de prévoir des bunkers supplémentaires. Nicola Squillaci, commandant de la protection civile genevoise explique: «Aujourd'hui, toutes ces exceptions sont tombées pour avoir le plus de possibilités de construire». 

Genève fait preuve de créativité pour ses abris

Les spécificités genevoises forcent donc le canton à trouver d’autres solutions de repli: sous-sol de l’université, galeries marchandes, infrastructures sportives, ou encore abris sous les écoles. Le plus gros abri public est celui du quartier de l’Étang, pour 2200 personnes. Les parkings de Cornavin et d’Ernest Ansermet sont aussi équipés.

«Genève est pionnier dans cette ligne. En particulier en ville de Genève où se trouvent un certain nombre d'infrastructures de très grande capacité» note Alexandre Vautravers, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse.

Que faire des frontaliers

S’il manque 83'000 places pour les Genevois, les frontaliers n’ont théoriquement pas le droit non plus d’y trouver refuge: «Ces constructions de protection civile n'ont pas été bâties pour la population mobile, qui vient travailler. Donc non, ça n'a pas été conçu pour. Maintenant, dans la pratique, évidemment que lorsqu'il y a un besoin, on ne peut pas fermer les portes et empêcher des personnes de venir s'abriter. Ce serait totalement irresponsable» détaille Alexandre Vautravers.

Renseignement pris à Berne, une étude est en cours afin de protéger les personnes mobiles et les frontaliers. Un thème qui n’existait tout simplement pas dans les années soixante et septante. Les résultats de cette étude devront être présentés au Conseil fédéral en 2027.

Le canton planche-t-il sérieusement sur la question, alors qu’il manque déjà des places pour les résidents? «Alors ça je ne peux pas me prononcer là-dessus. J'ai quelques doutes mais ça ne m'appartient pas» tempère Nicola Squillaci, de la protection civile genevoise.

Cinq jours pour tout préparer

Aujourd’hui, les abris servent de caves pour les résidents des immeubles. En cas de menace, il faudra tout évacuer, sur ordre de Berne. Et en ville, qui va où? Les cantons doivent avoir un plan d’attribution, transmis à l’Office fédéral de la protection de la population.

 «En cas de menace sécuritaire, avec par exemple un risque de missiles, vous devez libérer les abris dans les cinq jours. Et à ce moment-là, les cantons vont communiquer dans ce délai de cinq jours pour dire aux gens où est-ce qu’ils doivent aller» détaille Nicola Squillaci.

Pour l’instant, ce processus de communication genevois demeure inconnu.