Affaire Dugerdil: trois policiers devant la justice
Trois policiers comparaissaient ce mercredi devant la justice genevoise pour abus d’autorité. Ils sont accusés d’avoir livré un cambrioleur présumé au député UDC Lionel Dugerdil à Satigny en 2020, qui se serait alors défoulé sur lui en lui assénant plusieurs gifles. Le Procureur général a requis des peines allant de 30 à 120 jours-amende avec sursis.
«Cette procédure sort du lot. Elle est invraisemblable.» Le procureur général Olivier Jornot n’a pas mâché ses mots à l’encontre des trois policiers. Les faits remontent à une nuit de mai 2020, après une tentative de cambriolage dans le carnotzet du député UDC Lionel Dugerdil, à Satigny.
Après avoir interpellé un suspect qui tentait de fuir vers la frontière, les agents l’auraient ramené menotté dans la cour de la propriété. À genoux, l’homme aurait alors essuyé les insultes de Lionel Dugerdil, excédé par ce qui constituait son huitième cambriolage. Pour le Ministère public, les policiers ont déjà failli à leur devoir de protection à ce moment-là. À noter que Lionel Dugerdil n'a pas été poursuivi dans le cadre de cette procédure.
Des coups dans une grange
Mais c’est un second épisode qui concentre les accusations. Sous le couvert d’une grange, à l’écart et dans l’obscurité, Lionel Dugerdil aurait frappé le suspect, lui assénant notamment «deux claques avec le poing fermé».
Qui a laissé les deux hommes seuls? Les policiers ont-ils volontairement permis au député de se défouler? Ces questions sont restées sans réponse claire durant l’audience du jour.
Le plus gradé des trois agents reconnaît avoir laissé l’élu passer un «savon verbal» au suspect. Mais il assure n'avoir jamais imaginé une agression physique: «Pour moi, c’était impensable qu’il s’en prenne physiquement à lui.»
La défense conteste l’abus d’autorité
Les avocats des policiers contestent les accusations. Ils pointent notamment les changements de version de Lionel Dugerdil et de son épouse. Selon la défense, les agents n’avaient aucun intérêt à mettre leur carrière en péril pour satisfaire la colère du député. Il pourrait tout au plus s’agir d’une erreur d’appréciation, et non d’un abus d’autorité.
Pour Olivier Jornot, les violences étaient pourtant prévisibles. Le procureur général a requis des peines comprises entre 30 et 120 jours-amende avec sursis contre les trois prévenus. Le tribunal rendra son verdict ultérieurement.