Genève

Affaire de la plume: le notable soleurois condamné pour meurtre

23.03.2026 19h00 Delphine Palma

plume

L’affaire de la « plume » bascule une nouvelle fois : la cour d’appel condamne le notable soleurois à 12 ans de prison pour meurtre, estimant le faisceau d’indices suffisamment solide. Déjà condamné pour meurtre en première instance, puis pour homicide involontaire en appel, l’accusé est à nouveau reconnu coupable d’avoir tué son épouse en 2016.

Meurtre… ou jeu sexuel qui a mal tourné ? La cour d’appel a tranché, dans le cadre du troisième procès de l’affaire dite de la « plume ». Le notable soleurois est condamné à 12 ans de prison pour le meurtre de son épouse, retrouvée morte en février 2016 dans le lit conjugal, le visage contusionné et une plume dans les voies respiratoires.

Dans son arrêt rendu le 17 mars, la cour évoque un « faisceau d’indices forts et convergents ». Selon les juges, la mort n’est pas liée à une pratique sexuelle consentie, mais à « une violente agression ».

La cour précise : « En pressant avec force un coussin garni de plumes sur le visage de son épouse, en entravant ses gestes défensifs et en maintenant cette pression pendant au moins trois minutes pour l’empêcher de respirer, et ce jusqu’à son décès, l’appelant a réalisé les éléments constitutifs du meurtre. »

Une affaire à rembondissements multiples

L’affaire a connu de nombreux rebondissements. En 2022, lors du premier procès, l’accusé est condamné pour meurtre à 13 ans de prison. Mais en appel, il défend une version différente. Après avoir longtemps gardé le silence, il évoque un jeu sexuel d’étouffement, expliquant s’être tu par honte et par respect pour la mémoire de son épouse. Les juges le suivent alors : les faits sont requalifiés en homicide par négligence et la peine réduite à 3 ans de prison.

Mais le Tribunal fédéral annule ensuite ce jugement, estimant qu’il n’est pas suffisamment motivé. L’affaire est donc renvoyée devant la cour d’appel pour un troisième procès. Cette fois, les juges reviennent à la qualification initiale de meurtre et condamnent l’accusé à 12 ans de prison.

« Un verdict incompréhensible »

Pour les avocats du notable, ce nouveau revirement est inacceptable. Me Yaël Hayat dénonce une décision incohérente : « La cour, d’une année à l’autre, passe de l’innocence au meurtre sans que l’on puisse comprendre ce verdict. Il heurte les fondements du droit, notamment la présomption d’innocence, qui ne peut être renversée que par la démonstration de la culpabilité. Or, on ne la voit pas dans cet arrêt. Comment basculer d’une étreinte amoureuse à l’acte le plus ultime avec la personne avec qui l’on vient de partager un moment d’amour ? Tout cela est incompréhensible. »

Les avocats ont d’ores et déjà décidé de recourir au Tribunal fédéral. Un quatrième procès pourrait donc encore avoir lieu dans cette affaire ouverte depuis près de dix ans.