Agressions sexuelles: une étude souligne leur impact à long terme
Les conséquences d'une agression sexuelle perdurent bien au-delà de la phase aiguë, selon une vaste étude multicentrique menée entre 2022 et 2024 dans des hôpitaux romands. Des troubles psychiques, somatiques et sexuels sont encore présents un an après les faits.
Coordonnée par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) en partenariat avec le CHUV, l'Hôpital du Valais et cinq hôpitaux vaudois, cette recherche constitue la seconde phase d'un projet lancé après une étude rétrospective (2018–2021). Ses résultats ont été présentés mercredi aux HUG.
Sur 623 constats d’agression sexuelle effectués par les hôpitaux participants, 454 dossiers étaient éligibles. Parmi eux, 178 personnes (39%) ont accepté un suivi systématique à trois et douze mois, sous forme de questionnaire.
La quasi-totalité des participants sont des femmes majeures d'un âge médian de 27 ans et "qui ont fait preuve d'un grand courage", a déclaré devant la presse la professeure Jasmine Abdulcadir, responsable de l’unité des urgences de gynécologie et d’obstétrique des HUG et investigatrice principale de l’étude.
Pour la première fois, cette étude mesure les conséquences à long terme des agressions sexuelles en Suisse romande. Financée par le Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes et les HUG, elle montre que leur impact sur la santé mentale, physique et sexuelle a été largement sous-estimé faute de recherches, a poursuivi la responsable.
Anxiété, dépression, troubles
Les chiffres sont alarmants: un an après l'agression, 57% des participants souffrent encore d'anxiété significative, 71% de dépression, et 68% présentent un trouble de stress post-traumatique probable. Une personne sur deux présenterait en outre un risque suicidaire.
Sur le plan sexuel, plus de six personnes sur dix signalent des dysfonctions persistantes avec des troubles du désir, de l’excitation et de l’orgasme. Quant aux symptômes physiques, tels que douleurs chroniques, troubles du sommeil, fatigue, migraines, ils touchent plus de la moitié des personnes suivies.
Par ailleurs 61% des participants rapportent avoir déjà été confrontées à une agression sexuelle antérieure, ce qui constitue un facteur majeur de risque.
Accompagner les victimes
Ces résultats confirment que l'agression sexuelle n'est pas juste un événement ponctuel, mais un problème de santé publique. "Notre système de prise en charge est bon pour la phase aigüe, mais encore insuffisamment structuré dans la durée. C'est là que se situe l'enjeu", a déclaré le professeur Tony Fracasso, responsable de l'Unité romande de médecine forensique
D'où la nécessité d'un suivi coordonné et d'un accompagnement de la victime dans sa vie future, a abondé Jasmine Abdulcadir. Elle a également préconisé la mise à disposition d'information pour les personnes concernées et leurs proches, la standardisation des parcours de soins entre cantons, tout comme une meilleure formation du personnel soignant de première ligne.
Constats confirmés
La responsable a rappelé que la première étude menée entre 2018 et 2021 aux HUG et au CHUV avait permis de décrire 740 cas d’agressions sexuelles et d’établir le profil sociodémographique et clinique des patients consultant en urgence.
La nouvelle étude confirme certains de ses constats majeurs: dans la majorité des cas, les victimes connaissent leur agresseur (ami, connaissance ou partenaire intime) et les faits se déroulent principalement dans des lieux privés. Une consommation d’alcool est rapportée dans près de sept cas sur dix, et quatre victimes sur dix présentent une amnésie partielle.
Registre des agressions
Les travaux de recherche se poursuivent et devraient se prolonger jusqu’en 2027-2028, espèrent ses auteurs qui recherchent des fonds. Le Tessin est désormais partie prenante au projet. S'ils ont une prise en charge similaire, les hôpitaux alémaniques n'ont pas réalisé ce type d'études sur le long terme. En cas d'intérêt de leurs services, "ils sont invités à nous rejoindre", a indiqué M. Fracasso.
Cette étude encourage à mettre en œuvre des politiques publiques ambitieuses dans le cadre du Plan d’action national pour la Convention d’Istanbul (2022–2026). Le responsable a également appelé de ses voeux la création d'un Observatoire romand des agressions sexuelles qui concernerait tant la phase aiguë que celle de suivi.