Alimentation végane: ce que révèle une étude de l’UNIGE sur le foie
Une alimentation exclusivement végétale peut modifier le fonctionnement du foie et réduire l’activité physique chez la souris. C’est ce que révèle une étude de l’Université de Genève. Des changements observés en seulement 48 heures, dont les conséquences chez l’être humain restent à déterminer.
Ici, ni viande, ni poisson, ni œufs, ni produits laitiers. Dans ce restaurant à l’emporter de la Vieille-Ville de Genève, tous les plats sont 100% véganes. Ce midi, chez Bio Fred, le menu fait la part belle aux légumineuses et aux légumes. «Aujourd'hui, c'est une salade à base de lentilles noires beluga avec du persil, de la tomate, de la courgette, de la carotte. Comme décoration, on a de la feta végane qui est à base de coco. J'estime que ce repas-là est équilibré au niveau de sa composition», explique Fred, propriétaire de l’établissement.
Mais une alimentation exclusivement végétale couvre-t-elle tous les besoins de l’organisme? Une nouvelle étude de l’Université de Genève (UNIGE) s’intéresse précisément aux différences entre protéines animales et végétales, et à leurs effets sur le métabolisme.
Des changements observés en seulement 48 heures
Pour mener leurs recherches, les scientifiques ont comparé deux groupes de souris. Le premier recevait une alimentation associant protéines animales et végétales. Le second était nourri exclusivement de protéines végétales.
Les résultats sont apparus rapidement. En seulement deux jours, le foie des souris soumises au régime végétalien produisait moins efficacement du glucose, un sucre essentiel à l’approvisionnement énergétique de l’organisme. Il éliminait également moins bien l’ammoniaque, une substance toxique issue de la transformation des protéines. Une diminution de l’activité physique a aussi été observée dans certaines conditions expérimentales.
À l’origine de ces changements: la composition des protéines. Celles d’origine végétale contiennent généralement moins de certains acides aminés, des éléments qui participent notamment à la production de glucose par le foie.
«Les souris ont plus de peine à maintenir le taux de glucose»
Pierre Maechler, professeur de médecine à l’Université de Genève et spécialiste du métabolisme énergétique, explique le rôle de ces éléments dans les résultats de l’étude.
«Les acides aminés qu'on appelle ramifiés, ils sont au nombre de trois, ils sont en moins grande proportion, et en fait ils participent également à cette fabrication du sucre dans ces conditions-là par le foie, c'est le foie qui est en charge de ça.»
Cette différence pourrait également expliquer la baisse d’activité observée chez les animaux. «Sous nourriture végétalienne, les souris ont plus de peine à maintenir le taux de glucose, donc la glycémie dans leur sang, et ça leur confère en fait une moindre activité physique, moins envie de bouger, probablement pour préserver ce glucose qui est plus précieux dans ces conditions.»
Pas de remise en cause du régime végan
Pour les chercheurs, il ne s’agit pas de condamner l’alimentation végane. L’étude souligne surtout l’importance de diversifier les sources de protéines végétales afin de couvrir les besoins de l’organisme.
«Il serait essentiel d'avoir dans l’alimentation des lentilles, des noix, ce genre de protéines dans lesquelles on trouve ces acides aminés ramifiés», recommande Pierre Maechler.
Si l’attention portée au fer et aux vitamines est déjà bien connue dans les régimes véganes, cette recherche met en évidence un autre aspect: les protéines végétales et animales n’ont pas exactement la même composition, et cette différence peut influencer la production de glucose par le foie.
Une réserve reste toutefois essentielle: ces résultats ont été obtenus chez la souris. Ils ne permettent pas de conclure qu’une alimentation végane équilibrée entraîne les mêmes effets chez l’être humain.