Analyse - Comment Céline Amaudruz a-t-elle géré cette annonce de candidature?
Notre journaliste Laure Lugon analyse le discours de la candidate au Conseil fédéral et dresse les défis auxquels la Genevoise va devoir faire face.
Sur la forme, on a senti une grosse nervosité au début. Elle s’est exprimée dans les trois langues nationales, et en anglais, Genève internationale oblige, pour appuyer symboliquement la diversité suisse.
Mais c’est à l’heure des questions que c’est devenu intéressant. Comme de coutume, la presse alémanique s’est montrée offensive. Beaucoup de journalistes ont relayé l’attaque en règle qu’elle subit de la part de Roger Köppel. Le patron de la Weltwoche y est allé à la sulfateuse. Il l’a traitée de poids plume absolu, s’occupant davantage de son physique que d’autre chose, de personnalité influençable plaisant avant tout aux Romands et à la gauche. Pour Roger Köppel, élire Céline Amaudruz signerait un affaiblissement de l’UDC.
C’est alors que la femme politique s’est révélée. Elle répond sans acrimonie mais en utilisant l’anaphore: la répétition de «je suis surprise», pour montrer l’incohérence d’une frange du parti qui lui confie les clés de la maison pour finir par l’attaquer sur ses compétences et sa personne. Elle impose à ce moment-là une stature politique, là où elle aurait pu tomber dans le piège de la victimisation. On se souvient d’une Lisa Mazzone non élue à la Chambre Haute, imputant sa défaite à «de vieux hommes blancs».
Idem quand un journaliste lui demande si une mère de famille a sa place au Conseil fédéral. Elle avoue alors sa sidération de voir posée une telle question en 2026, elle est naturelle, c’est un cri du cœur.
Son principal adversaire est-il son propre parti?
Le plus gros enjeu pour elle, c’est de figurer sur le ticket que va proposer l’UDC. Elle devra d’abord convaincre son propre groupe parlementaire. Et rassurer la ligne dure, blochérienne, du parti, ces éminences grises qui pèsent idéologiquement dans le débat.
L’UDC est avant tout un parti alémanique, qui ne voulait déjà pas de Guy Parmelin. Céline Amaudruz est l’héritière naturelle du Vaudois. Or cette question linguistique importe moins outre-Sarine. Et l’UDC zurichoise estime que son heure est venue.
Pour les tenants de la ligne dure du parti, Céline Amaudruz incarne des choses qui irritent: trop à gauche, trop «tailleurs Hermès», trop bling-bling, trop progressiste. Et surtout trop genevoise. Même la NZZ, journal libéral, écrit que «c’est difficile de trouver moins alémanique que Genève». Sur des questions sociétales, elle s’est démarquée de son parti, comme sur la violence faite aux femmes, le mariage gay ou le congé paternité, ce qui agace.
Attendue aussi sur les Bilatérales III qu’elle devrait défendre si elle était élue, elle a désamorcé la bombe: la parlementaire est contre, la conseillère fédérale sera pour. Fin du débat.
Quels sont ses principaux atouts?
L’expérience et la connaissance fine de la mécanique politique fédérale. À Berne, elle siège depuis 2011. Elle est vice-présidente du parti depuis plus de dix ans. Aux dernières élections fédérales, l’UDC romande a progressé en valeur absolue davantage qu’en Suisse alémanique: 4 sièges sur 9 au total.
Si elle figure sur le ticket, elle a toutes ses chances devant le Parlement. D’ailleurs la charge de Roger Köppel prouve bien qu’elle n’est pas quantité négligeable. Céline Amaudruz devrait avoir les faveurs de la gauche, des femmes, du Centre et du PLR alémanique. Car ce que son parti voit comme des handicaps se transforme en avantages devant l’Assemblée fédérale.
Tout ceci sous réserve de son coéquipier. Le désistement d’Esther Friedli a été un coup dur pour la direction du parti. Lui reste maintenant à convaincre la Zurichoise Nathalie Rickli. Mais celle-ci est déjà candidate à sa succession au Conseil d’État. Il y a aussi Monsieur asile, le Thurgovien Pascal Schmid, le chouchou de la direction.
Quelles seront les prochaines étapes pour la Genevoise?
Un vrai marathon, comme elle l’a dit ce matin. Les candidats ont jusqu’au 23 octobre pour sortir du bois. Pour le moment, la seule candidature officielle est la sienne.
Ensuite, il y aura des auditions internes devant un comité de sélection composé de 7 membres. Il soumettra ses propositions d’ici au 13 novembre. Le 20 novembre, le groupe parlementaire de l'UDC désignera les candidats sur le ticket.
Puis ce sera l’épreuve des auditions devant les groupes parlementaires des autres partis. Une étape cruciale pour convaincre. On se souvient que la Bâloise Eva Herzog, favorite, avait fortement déplu lors de ces auditions. Principal écueil pour Céline Amaudruz: le manque de clarté dans ses propos. Un reproche qu’on a souvent entendu.
L’Assemblée fédérale aura le dernier mot le 9 décembre.