Genève

Bandidos/Hells Angels: un tireur condamné à 8 ans de prison

23.01.2026 19h20 Julie Zaugg avec ATS

Un tireur de la fusillade de mai 2022 entre motards des Bandidos et Hells Angels dans un bar de Plainpalais à Genève a été condamné vendredi à 8 ans de prison. Le Tribunal criminel a infligé des peines à deux autres protagonistes. Un quatrième est totalement acquitté.

Dès le début du verdict, le président du tribunal Antoine Hamdan a souligné le caractère «hors norme» du procès. Parce qu'il est «parfaitement inacceptable de voir des coups de feu échangés dans un établissement public».

«Ce procès n'est ni celui des Hells Angels, ni celui des Bandidos», mais de quatre individus, a ajouté le magistrat. Et d'insister sur le fait que deux groupes «ne peuvent imposer leurs règles à des tiers, ni à l'Etat».

La peine la plus lourde revient au Bandido qui avait ouvert le feu en premier après l'entrée des Hells Angels dans le bar. Ce trentenaire, qui avait fait preuve de désinvolture pendant les audiences, est reconnu coupable de deux tentatives de meurtre, de mise en danger de la vie d'autrui, de rixe et d'infraction à la loi sur les armes. Selon le président, il a accepté la possibilité qu'il pouvait tuer.

L'homme écope de huit ans de prison, dont seront déduits près de quatre ans qu'il a déjà passés en détention préventive. Il reste maintenu en détention de sûreté et son avocat évaluera avec lui la semaine prochaine s'il interjette appel.

Acquitté de meurtre

Le procureur demandait à son encontre 15 ans de prison, mais il n'a pas été entendu sur l'accusation de meurtre lié à une affaire de drogue à Annemasse (F) en 2019, pour laquelle ce prévenu était aussi jugé. Le Tribunal criminel a retenu la légitime défense, parce que l'existence de cet informaticien «était clairement menacée».

Celui-ci voyait le canon d'une arme chargée et prête à l'emploi dans l'embrasure de sa porte au moment où il a asséné deux coups de couteau à la victime. Mais il est reconnu coupable d'infraction à la loi sur les stupéfiants.

Parmi les autres accusations contre lui, il est aussi puni pour des menaces contre la conseillère administrative de la Ville de Genève Marie Barbey-Chappuis en 2022. En cause, la phrase «c'est quoi la peine pour faire sauter les dents à une élue» postée dans un groupe de discussion en ligne en 2022 après la décision de fermer les terrasses à minuit en semaine à Genève.

Cette situation avait abouti à une scène inhabituelle cette semaine: le témoignage d'une élue entourée de deux membres des forces de sécurité devant un tribunal criminel.

Légitime défense

Parmi les autres protagonistes de la fusillade de Plainpalais, le second tireur, un Hells Angels, est acquitté de tentative de meurtre et de mise en danger de la vie d'autrui. Il n'a saisi son arme et n'a ouvert le feu qu'après les deux tirs du Bandido. Contrairement au réquisitoire du procureur qui avait requis huit ans de prison, le tribunal a reconnu la légitime défense dans son cas.

Reconnu coupable de rixe et d'infraction sur les armes, il se voit toutefois infliger une peine de 30 mois de prison, dont six fermes, déjà purgés.

Son acolyte, entré en premier dans le bar et qui avait été blessé par un tir, est condamné à 14 mois avec sursis pour la rixe. Il aurait pu fuir, mais il a décidé de revenir dans le bar et de foncer sur le Bandido qui avait recouru à un spray au gaz après son arrivée.

De son côté, celui-ci est acquitté. Après avoir vu arriver plusieurs Hells Angels depuis l'extérieur du bar, le choix du spray était proportionné comme réponse à ce qu'il considérait comme une menace, affirme le tribunal.

Sécurité renforcée

Depuis lundi, le procès aura eu lieu avec une sécurité renforcée, celle-ci augmentant encore vendredi pour le verdict. Entre deux audiences, les membres des deux clubs rivaux qui ont assisté aux discussions se seront toisés à de nombreuses reprises dans un des halls du Palais de justice, avec un cordon épais de policiers entre eux. Vendredi, des accolades parmi les Hells Angels et des poignées de main entre avocats et prévenus des parties adverses ont notamment été observées.