Genève

Billets antisémites: l’octogénaire entendue, des propos inquiétants sur les juifs

18.02.2026 18h42 Denis PALMA

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Dans l’affaire des billets antisémites, une octogénaire qui s’est dénoncée à la place d'Anne-Cécile Reimann a été entendue pour la première fois par le Ministère public. Si elle nie tout antisémitisme, plusieurs de ses déclarations soulèvent des questions. 

Lorsque l’avocat de l’octogénaire se présente avec sa mandante au ministère public, sa ligne de défense reste inchangée. «Ses dessins n'avaient pas pour volonté de discriminer ni d'appeler à la haine envers la communauté juive. Elle n 'a aucun problème envers la communauté juive. Ses dessins, ses billets avaient juste pour projet de dénoncer la gouvernance de Netanyahou. Et puis, elle avait à cœur de laver l'honneur de Mme Reimann qui a été accusée à tort par le ministère public», déclare Me Arnaud Mangano.

Les avocats des galeristes, eux, veulent questionner la version livrée. «Nos mandantes ont fait l'objet d'actes antisémites, d'une infraction grave. Aujourd'hui, elles sont là pour établir les faits, pour connaître la véritable hauteur de ces faits et que cette dernière soit condamnée», lâche Me Ludovic Pioletti.

Des faits reconnus

Dans le bureau du procureur Vladimir Guillet, la prévenue reconnaît avoir rédigé et distribué les billets, selon le procès verbal de son audition que Léman Bleu s'est procuré. «Oui, mais je me souvenais pas où je les avais mis comme cela au hasard.» Elle explique avoir visé une galerie d’art en raison d’un chandelier à sept branches exposé en vitrine, perçu comme une provocation. Les autres billets auraient été déposés au hasard de ses promenades.

Pour rappelle, entre novembre 2024 et mars 2025, une galerie d’art et une autre personne de confession juive ont reçu des billets ornés d’une étoile de David et des mentions «assassin(s) voleur(s)».

«Je ne suis pas antisémite»

La prévenue affirme ne pas s’en prendre à la communauté juive, mais au gouvernement israélien. «L’étoile que j’ai dessinée est celle qui représente Israël à l’heure actuelle, celui de monsieur Netanyahou. Hitler et Netanyahou c’est presque la même chose.» Elle insiste: «Je ne suis pas antisémite».

Elle invoque aussi la liberté d’expression. «On est en Suisse, on a le droit de s’exprimer, on est pas en Chine. Pour moi, c’est un moyen d’expression.» «Ça existe la liberté d’expression en Suisse ou bien?» Elle dit avoir voulu exprimer sa révolte face à la situation à Gaza.

«À Genève, ils ne sont pas menacés. C’est eux qui font la loi.»

Lorsque le procureur lui rapporte qu’une des personnes visées a eu peur pour ses enfants, elle répond: «Je regrette qu’il ai eu peur mais il ne doit pas être trop susceptible non plus surtout qu’à Genève, ils ne sont pas menacés. C’est eux qui font la loi.» «De qui parlez-vous?», demande le procureur. Son avocat l’invite alors à garder le silence.

Pourquoi s’être dénoncée alors que Anne-Cécile Reimann a été condamnée sur la base d’une expertise graphologique et d’images de vidéosurveillance? «Je trouvais que ce n’était pas juste puisque c’est moi qui ai fait cela. Mais aussi Parce que j’ai lu dans les journaux qu’on allait lui demander de payer des sommes folles pour des choses fausses.»

L’octogénaire est poursuivie pour injure, discrimination et incitation à la haine.