Genève

Billets antisémites: vers un élargissement du dossier?

22.01.2026 19h35 Delphine Palma

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Les deux billets antisémites pour lesquels la militante genevoise Anne-Cécile Reimann a été condamnée par ordonnance pénale ne seraient pas des cas isolés. La CICAD recense trois autres billets du même type, apparus entre fin 2024 et début 2025. L’un d’eux a fait l’objet d’une plainte, dont la victime demande aujourd’hui l’intégration au dossier pénal.

Une étoile de David et les mots «assassin, voleur». Ce message, celui que nous appellerons André(1), ne l’a pas oublié, il le reconnait même immédiatement. En novembre 2024, en sortant de chez lui, il découvre un petit billet manuscrit posé sur le rebord de la fenêtre de son bureau, au rez-de-chaussée d’un immeuble du centre-ville. «Un dimanche matin, j’ai retrouvé ce billet devant la fenêtre. Depuis l’extérieur, on peut voir les portes, et sur les portes, il y a une mezouzah», explique-t-il. Un objet religieux qui, selon lui, ne laisse guère de doute sur la cible du message. «J’ai été choqué, surpris, déçu.»

Père de jeunes enfants, André se dit déstabilisé. «Je ne savais pas d’où ça venait. On se pose des questions: est-ce que je peux les laisser aller seuls à l’école, est-ce que je dois les accompagner?»

photo Le billet retrouvé par André sur le rebord la fenêtre de son bureau.

Le lendemain de la découverte, il dépose plainte auprès de la police. Puis plus rien. Pendant plus d’un an, il ne reçoit aucune nouvelle de la procédure. Jusqu’à ce qu’il découvre, la semaine passée dans la presse, qu’une femme a été condamnée en première instance pour avoir déposé deux billets presque identiques devant une galerie d’art, début 2025.

Aujourd’hui, André demande que le billet découvert chez lui soit pris en compte par la justice: «Si c'est elle qui a aussi mis ce petit mot chez moi, j'aimerais qu'elle soit aussi jugée pour cela.»

Cinq billets découverts 

En réalité, ce message n’est pas un cas isolé. La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD) recense cinq billets du même type, apparus entre fin 2024 et avril 2025.

Outre celui découvert chez André et ceux déposés devant la galerie d’art, un billet a été retrouvé le 6 janvier 2025 sur un poteau de signalisation face à l’entrée du Centre commercial des Eaux-Vives. Un autre a été retrouvé au sol près du parking Saint-Antoine.

image Deux autres billets retrouvés dans l'espace public.

«On parlait de stickers apposés à plusieurs endroits. Cela ressemblait à une forme de campagne», explique Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la CICAD. L’organisation dit avoir été alertée par des citoyens et avoir réfléchi aux moyens d’intervenir, avant d’apprendre qu’une procédure pénale était déjà en cours.

Billets versés à la procédure?

Même écriture, mêmes mots, même format de papier, mêmes symboles. Face à ces ressemblances, une question se pose: ces nouveaux éléments pourraient-ils venir alourdir les charges? Les avocats de la galeriste comptent sur ces nouveaux éléments. «Vu les conclusions de l’expertise et la parfaite concordance graphique comme textuelle, cela démontre l’ampleur de l’activité criminelle en cause. Il appartient au Ministère public de rouvrir la procédure de novembre 2024 au vu de ces nouveaux éléments et d’engager l’accusation à leur sujet aussi», écrivent Me Romain Jordan et Me Ronald Asmar. La CICAD indique ne pas avoir pris de décision sur la suite à donner à ces billets. 

Lire aussi: Vandalisme antisémite: une célèbre militante genevoise condamnée

Me Clémence Jung, l’avocate de la militante, elle, affirme que ces faits n’ont jamais été portés à la connaissance de sa cliente. Elle insiste sur le fait que la procédure est toujours en cours et rappelle la présomption d’innocence. «Ma cliente fait uniquement l’objet d’une ordonnance pénale, à laquelle elle a fait opposition. L’instruction est toujours en cours. Elle bénéficie de la présomption d’innocence et ne fait pas l’objet d’une condamnation entrée en force.»

Mise à jour: Suite à la publication de notre article, les avocats de la militante ont demandé ce vendredi au procureur en charge du dossier de nouvelles mesures d’instruction.

Ils sollicitent notamment des expertises ADN et des relevés d’empreintes papillaires sur les billets déjà en main de la justice. Ils réclament également l’intégration au dossier des billets mentionnés dans notre article, leur analyse ADN et papillaire, ainsi que l’audition d’André.

«Ces faits nouveaux sont de nature à écarter tout doute quant à la prétendue culpabilité de notre mandante», écrivent Me Jung et Me Sacha Campaori, avocats d’Anne-Cécile Reimann.

(1)Prénom connu de la rédaction.