Genève

Budget 2026 refusé: le Conseil d’État veut changer les règles

17.04.2026 18h16 Lucie Hainaut

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Après le rejet du budget 2026 par le Grand Conseil, Genève fonctionne sous le régime des douzièmes provisoires. Le Conseil d’État propose désormais de modifier la loi pour ne plus être obligé de présenter un nouveau budget en cas de refus. Une idée qui divise les partis.

En décembre 2025, le Grand Conseil refuse d’entrer en matière sur le budget 2026. Résultat: aucun débat, et Genève entame l’année sans budget. Le canton fonctionne depuis sous le régime des douzièmes provisoires, avec un douzième du budget 2025 débloqué chaque mois.

«C’est toujours plus intéressant d’avoir un budget»

Dans ce contexte, le Conseil d’État a présenté une nouvelle version du budget… tout en annonçant vouloir modifier la loi. Il souhaite ne plus être contraint de revenir avec une seconde copie en cas de refus, comme le relate la Tribune de Genève.

«C’est toujours plus intéressant d’avoir un budget. Donc évidemment que nous le ferons si les attentes de la majorité susceptible de voter un nouveau budget sont réalisables. Mais en l’état, les 300 millions d’économies demandées par la majorité du Grand Conseil n’étaient pas réalisables dans le délai de trois mois» martèle Nathalie Fontanet, conseillère d’État en charge du département des finances.

Une réforme contestée au nom de la démocratie

La proposition fait réagir, notamment parce que la loi actuelle a été adoptée à l’unanimité en 2023. Pour certains élus, y renoncer reviendrait à affaiblir le fonctionnement démocratique.

«Si on renonce à trouver une majorité autour d’un budget, on renonce à la démocratie budgétaire», estime Yves Nidegger, chef de groupe UDC. Selon lui, l’obligation de représenter un budget est essentielle pour garantir le contrôle des finances publiques.

Au centre, on se montre plus nuancé. «Un délai de six mois serait plus raisonnable. Mais sans budget, Genève donne une mauvaise image de sa gestion», souligne Jean-Marc Guinchard, chef de groupe du Centre.

Des divisions politiques marquées

Le débat révèle de fortes divergences entre partis. Le PS critique l’incapacité de la droite à construire une majorité: «Se satisfaire des douzièmes comme d’un oreiller de paresse politique n’est pas une solution.» déplore Matthieu Jotterand, chef de groupe Socialiste au Grand Conseil.

La présidente des Verts pour sa part soutient la proposition du Conseil d’État. «Je trouve cette mesure tout à fait pertinente. Surtout dans le cadre où elle s’inscrit aujourd’hui. Donc si le Grand Conseil ne veut pas assumer de prendre la responsabilité de couper dans des prestations, c’est son problème», tranche Maryam Yunus Ebener.

À droite, les positions varient. Le président du PLR Pierre Nicollier se dit ouvert à une solution intermédiaire, permettant de représenter un budget si les conditions sont réunies. LJS, en revanche, juge la démarche prématurée: «On n’a pas la capacité d’appliquer une première fois cette loi que le Conseil d'État veut déjà la supprimer, cela nous semble précipité» note Laurent Seydoux, député LJS membre de la commission des finances.

Le projet de modification de la loi devra convaincre une majorité au Grand Conseil. En attendant, Genève continue de fonctionner sans budget.