Genève

Claudio Fedele, révocator du barreau genevois

29.07.2026 18h07 Rédaction

Claudio Fedele

L'avocat pénaliste genevois Claudio Fedele a obtenu en juin une décision rarissime du Tribunal fédéral: la récusation de l'ensemble du Ministère public genevois dans un dossier où le plaignant est le père du procureur général Olivier Jornot. Invité sur le plateau de Léman Bleu, il revient sur ce combat judiciaire, dénonce un fonctionnement «corporatiste» de la justice genevoise et s'inquiète de la situation de son client, toujours détenu malgré cette décision. 

Pour Claudio Fedele, tout a commencé par un détail qui lui a immédiatement paru problématique. Dès sa constitution dans le dossier, l'avocat dit avoir constaté une identité de nom entre le plaignant et le procureur général Olivier Jornot. Il estime également que la plainte bénéficiait d'un traitement inhabituellement rapide.

Après avoir demandé sans succès si un lien de parenté existait, il en déduit que le plaignant est bien le père du chef du Ministère public genevois. Une situation qui, selon lui, imposait d'emblée la désignation d'un procureur extraordinaire. «C'est la première fois en près de 25 ans de carrière que je demande la récusation d'un procureur ou d'un magistrat», souligne-t-il, rappelant qu'il critique habituellement les demandes de récusation systématiques formulées par certains confrères. 

Le Tribunal fédéral lui donnera finalement raison en ordonnant la récusation de l'ensemble des procureurs genevois dans cette affaire. «Le Tribunal fédéral a distribué deux cartons rouges: un au Ministère public, qui aurait dû se récuser spontanément, et un à la Chambre pénale de recours qui avait balayé ma demande.»

Travaux surfacturés visant des aînés 

L’affaire au fond, révélée par le Temps en juin dernier, porte sur une vaste escroquerie présumée visant des personnes âgées. Le client de Me Claudio Fedele est soupçonné d'avoir participé, avec d'autres individus, à un système consistant à démarcher des seniors en se faisant passer pour les représentants d'une entreprise de rénovation afin de leur vendre des travaux de peinture et d'entretien à des prix exorbitants. 

Selon l'ordonnance du Tribunal fédéral, le plaignant, âgé de 91 ans et père du procureur général Olivier Jornot, aurait versé environ 270'000 francs. Le prévenu est poursuivi notamment pour escroquerie par métier, voire usure par métier, mais conteste les faits qui lui sont reprochés.

«Je lutte contre un système corporatiste»

Malgré cette première victoire judiciaire, Claudio Fedele affirme ne ressentir aucune satisfaction particulière. «Il y a surtout de l'inquiétude. Je lutte pour le compte d'un client contre un système qui est quand même corporatiste.»  

L'avocat estime également que cette affaire met en lumière les limites d'un système judiciaire où les magistrats se connaissent et travaillent quotidiennement ensemble. Sans aller jusqu'à remettre en cause l'ensemble de la justice genevoise, il reconnaît toutefois partager les critiques évoquant un certain «entre-soi».

«Si je vous disais le fond de ma pensée, je serais convoqué demain par mon bâtonnier», glisse-t-il avec prudence, avant de nuancer: « Je suis quand même assez fier de notre justice genevoise. Notre fonctionnement pénal fonctionne bien, même si nous avons des préoccupations concernant le Tribunal des mesures de contrainte et la Chambre pénale de recours.» 

Un client toujours en détention

Autre motif d'incompréhension pour Claudio Fedele: son client demeure en prison plus d'un mois après la décision du Tribunal fédéral. L'avocat estime que les actes de procédure accomplis par les procureurs désormais récusés devraient être annulés. Il affirme avoir demandé à la fois la libération immédiate de son client et la récusation du procureur extraordinaire désigné pour reprendre le dossier, estimant que les conditions de son indépendance peuvent également être discutées. 

Enfin, interrogé sur son rôle dans cette affaire d'escroquerie présumée, Claudio Fedele rappelle ce qu'il considère comme la mission première de l'avocat. «Le rôle de l'avocat, c'est d'accueillir la parole du client et d'en être le porte-parole auprès de la justice.»