Genève

Crise à la Comédie: le Conseil municipal lâche Séverine Chavrier

21.05.2026 16h49 Laure Lugon, Gilles Miélot

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Après deux soirées de débats très tendus au Conseil municipal autour du rapport de la Commission des arts et de la culture, les élus ont finalement voté la motion, mais sans accepter la réintégration de Séverine Chavrier. Les logiques partisanes ont repris le dessus.

Un rapport d’une ampleur unique dans les annales du Conseil municipal: 120 pages, 20 témoins auditionnés par la Commission des arts et de la culture (CARTS), et des travaux de commission qui auront permis à des représentants de partis politiques antagonistes (UDC, Ensemble à Gauche, PLR, Centre-Vert’libéraux) de parvenir à la même conclusion: réintégrer Séverine Chavrier, actuellement sur la touche.

Mais ça n’aura pas suffi. Mercredi soir, les idéologies partisanes ont eu raison de ce travail jusque-là dépolitisé. Les groupes n’ont pas suivi leurs commissaires, dont une majorité était parvenue à la même conclusion. La motion MCG qui donné naissance à ce rapport a finalement été votée, mais l’invite à reconsidérer le destin de la directrice a passé à la trappe. Alexandre Chevalier, conseiller municipal UDC et membre de la CARTS, estime avoir sauvé les meubles: «Pour nous, le plus important était de nous attaquer au problème de gestion de la Fondation d’art dramatique (FAD) et des institutions culturelles, et notamment du bureau de la FAD, qui est en pleine dérive. Nous avions compris depuis un moment que la réintégration réelle de Mme Chavrier était impossible, c'est pour ça que nous voulions a minima une révision de son statut avec l'ensemble des audits. Mais le plus important pour nous était de faire passer cette motion et ce message politique auprès de l'autorité de surveillance qu'est le Conseil administratif et Mme Bertossa.»

«La FAD est l'employeur et on a décidé de réaffirmer que c'était à elle de prendre ses décisions sur la base des documents qu’on n’a pas, il est vrai»

Cette dernière avait déjà dit tout le mal qu’elle pensait de ce rapport de commission plutôt favorable à la directrice. Depuis le début de l’affaire, le parti socialiste veut se débarrasser de Séverine Chavrier et soutient mordicus les décisions de la FAD. Il n’est donc pas mécontent du résultat: «Ce qui est important pour nous dans cette affaire, c'est que ce soient les bonnes personnes qui prennent les bonnes décisions. C'est la FAD l'employeur et on a décidé de réaffirmer que c'était à elle de prendre ses décisions sur la base des documents qu’on n’a pas, il est vrai», affirme Guilhem Kokot, conseiller municipal socialiste. Et pour cause: le fameux audit RH commandé par l'institution a été bloqué par la justice.

«C'est très dommage que chacun ait repris sa couleur politique et ses dogmes pour juger les choses»

«Je ne pense pas que c'est forcément le parti socialiste qui a gagné dans cette affaire, estime Yves Herren, conseiller municipal Le Centre – Les Vert’libéraux et membre de la CARTS. Je pense que c'était beaucoup plus compliqué que ça. C'est très dommage que chacun ait repris sa couleur politique et ses dogmes pour juger les choses. On aurait aimé pouvoir se baser sur trois rapports plutôt qu’un, deux ou zéro. Malheureusement, ça n'a pas marché.»

On attend encore l’audit de la Cour des comptes, alors que la droite et le centre espèrent toujours réformer la Fondation. La motion prévoit en effet une clarification du rôle de celle-ci ainsi qu’une enquête administrative sur la gestion de la Comédie et une médiation externe.

Une affaire à tiroirs qui consterne Genève et jusqu’aux plus grands noms des scènes européennes.