Crise à la Comédie: une élection attise encore les tensions
Dans un climat électrique, la Fondation d’art dramatique a élu hier à sa présidence l’avocat Philippe Juvet. Cette élection intervient alors que les deux audits attendus n’ont pas encore été rendus publics, pas plus que le rapport de la commission des arts et de la culture du Conseil municipal. Dans le landerneau politique, l’agitation est à son comble.
Philippe Juvet est un homme très occupé. Élu lundi président de la Fondation d'art dramatique (FAD) à la succession de Lorella Bertani, démissionnaire, cet avocat n’a pas trouvé le temps de répondre aux questions de Léman Bleu. Face à lui, la socialiste députée au Grand Conseil Nicole Valiquer Grecuccio n’a pas fait le poids, pas plus que la députée PLR Natacha Buffet-Desfayes, qui promettaient une nouvelle dynamique de l’institution en cas d’élection à la présidence et vice-présidence.
«S'il s'avère que la FAD a commis des irrégularités graves, il ne pourra pas même rester à la FAD»
Dans une lutte à couteaux tirés entre les soutiens et les détracteurs de la directrice, Séverine Chavrier, mise à l’écart en novembre dernier, cette élection ne plaît pas à tous les élus: «Monsieur Juvet devrait savoir qu'on ne peut pas être juge et partie, affirme Michèle Roullet, conseillère municipale PLR et membre de la Commission des Arts et de la culture (CARTS). Il ne devrait donc pas être président. Et suivant les conclusions de l'audit de la Cour des comptes, s'il s'avère que la FAD a commis des irrégularités graves, il ne pourra pas même rester à la FAD. Donc voilà, il aurait fallu attendre tous ces rapports et voir ce qu'il en est. Cette précipitation ne se justifie absolument pas.»
La décision de mise à l’écart de Séverine Chavrier, en novembre dernier, a en effet été appuyée par le nouveau président. L’avocat de la directrice, Me Romain Jordan, lui reproche d’ailleurs d’avoir déclaré que Séverine Chavrier «devait dégager» et qu’il «fallait trouver une solution à cet égard coûte que coûte». Interpellé sur cette accusation, Philippe Juvet n’a pas répondu à nos sollicitations. Il passe pour être aligné sur Joëlle Bertossa, la magistrate en charge, qui elle-même ne soutiendrait pas Séverine Chavrier. Pour Michèle Roullet, le Conseil administratif devrait intervenir, en tant qu’autorité de surveillance de la FAD: «Et j'espère bien qu’il va dénoncer et annuler ces élections qui ont été faites hier.»
«Il faut passer à une autre étape garantissant le rayonnement de cette institution»
Ce n’est pas du goût du parti socialiste. Chez les camarades, les détracteurs de Séverine Chavrier sont nombreux. D’autres jouent la carte de l’apaisement. Comme Emmanuel Deonna, qui dit attendre sereinement les audits, sans pour autant se prononcer sur l’élection de Stéphane Juvet: «Je ne veux pas commenter ces questions de personnes. Il y a beaucoup de brouhaha autour de la Comédie. Il y a peut-être des règlements de comptes, des personnes qui légitimement veulent faire entendre leur voix ou au contraire cherchent à brouiller les pistes.» Pour lui, il faut attendre les conclusions des audits «afin de garantir que ce bien public, auquel les Genevois sont très attachés, revienne aux contribuables et qu'on puisse passer à une autre étape garantissant le rayonnement de cette institution.»
Cette élection précède la publication du fameux audit sur le climat de travail, qui doit sortir en fin de semaine. Le rapport de la Commission des arts et de la culture (Carts), lui, n’a toujours pas été rendu public. Des élus socialistes ont tenté d’obtenir le huis-clos lors du débat à venir. Une majorité du Conseil municipal l’a refusé, par 46 non, 11 oui et 12 abstentions. De nombreux élus craignaient une nouvelle manœuvre: «Comment est-ce qu'on peut imaginer qu'une telle crise ne puisse pas donner un débat qui puisse être suivi par la population genevoise? On est dans un délire complet, assène Michèle Roullet. On n'a jamais vu des séances à huis clos. Là, on voulait faire une chose unique au conseil municipal. Non, c'est une victoire pour la démocratie, c'est sûr.» Le débat en plénière aura lieu le 19 mai. D’ici là, de nouvelles péripéties pourraient survenir.