Genève

Crise en Iran: le négoce genevois entre pertes immédiates et profits potentiels

11.03.2026 18h10 Denis PALMA

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La guerre en Iran secoue les marchés pétroliers et perturbe le trafic dans le détroit d’Ormuz. À Genève, grande place mondiale du négoce de matières premières, les entreprises du secteur dénoncent une situation «catastrophique». Mais certains experts estiment que cette volatilité pourrait aussi générer d’importants profits pour les traders.

La guerre en Iran fait trembler les marchés pétroliers. Avec un trafic maritime perturbé dans le détroit d’Ormuz, le prix du pétrole s’envole. Lundi, le baril de Brent a frôlé la barre des 120 dollars. À Genève, où plus de 300 entreprises sont actives dans le négoce de matières premières, la crise inquiète fortement le secteur.

Pour Suissenégoce, l’association de la branche, les conséquences sont déjà très concrètes. «On a quand même des immeubles, des raffineries ou des silos qui se font bombarder. Donc aujourd'hui, évidemment qu'on perd de l'argent. Les assurances ont pris l'ascenseur. On a des bateaux à l'arrêt et chaque bateau immobilisé, c'est plusieurs centaines de milliers de dollars perdus par jour. La situation est très problématique», explique Florence Schurch, secrétaire générale de Suissenégoce.

La volatilité, une opportunité pour les traders

Cet alarmisme n’est toutefois pas partagé par tous les spécialistes. Pour Giacomo Luciani, expert de l’énergie à l’Université de Genève, les crises géopolitiques peuvent aussi créer des opportunités pour les négociants. «Ils connaissent tous les mécanismes de l'achat et de la vente. Ils peuvent gérer les flux de pétrole et surtout les rediriger de manière optimale pour profiter des différences de prix. C'est ce qu'on appelle l'arbitrage. Mais pour faire de l'arbitrage, il faut très bien connaître le marché, notamment le marché physique», explique Giacomo Luciani, enseignant dans le programme Commodity Trading de l’Université de Genève.

Des similitudes avec la guerre en Ukraine

Reste à savoir si cette crise peut générer des profits comparables à ceux observés lors de l’invasion de l’Ukraine. À l’époque, la forte volatilité des marchés de l’énergie avait permis à plusieurs sociétés de négoce de réaliser des gains exceptionnels.

Pour l’analyste John Plassard, la situation actuelle présente certaines similitudes. «Si on reste sur ce type de rythme, avec une très forte volatilité – on a vu le prix du baril quasiment doubler en moins de deux mois – on pourrait effectivement revoir, au moins sur les premiers mois de l'année, des profits assez importants pour ce type d'entreprise. Et évidemment cela se traduit par des bonus pour les traders, qui paient eux des impôts communaux et cantonaux à Genève», analyse John Plassard, associé et responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion.

Un impact potentiel pour les finances genevoises

Les conséquences pourraient aussi se faire sentir dans les finances publiques. En 2022 et 2023, les bénéfices exceptionnels de certaines multinationales avaient fait bondir les recettes fiscales du canton.

Les comptes de l’État avaient affiché des excédents record: 727 millions de francs en 2022 et près de 1,4 milliard en 2023. La crise iranienne peut-elle produire le même effet? Tout dépendra de sa durée et de l’ampleur des perturbations sur le marché pétrolier.