Dans la cabine de François, pilote de train aux CFF
De la petite navette régionale à la mythique locomotive RE460, François nous présente ce métier où précision, vigilance et sécurité sont des indispensables. Une profession passionnante, mais marquée par des horaires exigeants et le risque d’accidents de personnes.
Comme les autres pendulaires, François attend son train. À une différence près: son bureau se trouve dans la cabine de conduite. Avant le départ, il doit notamment vérifier les freins de la rame. «On doit tester tous les freins du véhicule pour être sûr qu'il puisse freiner en tout temps.»
Ce matin-là, François conduit une navette de 75 mètres entre Meyrin et La Plaine. Si le train se pilote d'une seule main, sa conduite exige une grande précision, particulièrement lors du freinage. «Un train ne freine pas comme une voiture. On a vraiment besoin de comprendre le chemin de freinage et l'effort de freinage.»
S'arrêter au mètre près
À l'approche de Vernier, François coupe la traction et laisse le train avancer sur son inertie. La manette de frein doit être manipulée «au millimètre par millimètre». L'objectif est de proposer un arrêt fluide, tout en immobilisant la rame au bon emplacement sur le quai.
«Arrêter un train comme celui-ci au mètre près, ça demande de nombreuses heures de conduite, même de nombreux mois et années de conduite», explique-t-il. Sur la voie, la concentration doit rester permanente. «Ce n'est pas un métier où on peut se relâcher. On ne peut pas rater un signal.»
Au terminus de La Plaine (le tournage a eu lieu quelques semaines avant les travaux sur la ligne), quelques minutes suffisent pour sécuriser la rame avant de repartir vers Genève. Malgré la répétition des trajets, François assure que le plaisir reste intact. Il apprécie les paysages, mais aussi les changements de lumière et de météo au fil des saisons.
«On voit les feuilles qui tombent à l'automne, le colza en fleurs au printemps, les levers de soleil, les couchers de soleil, la pluie et la neige», raconte-t-il. La cabine représente aussi un refuge. «C'est un lieu dans lequel je me sens bien, en paix et dans la tranquillité.»
La sécurité avant la ponctualité
La ponctualité fait partie des priorités du métier, mais elle ne doit jamais prendre le dessus sur la sécurité. «Quand on roule un train qui nous est confié, on a vraiment envie qu'il soit pile à l'heure. Mais il ne faut jamais courir, il ne faut jamais se dépêcher.»
François cite un proverbe connu dans la profession: «Un pilote de train qui court, c'est soit un pilote de train qui a fait une connerie, soit un pilote de train qui va en faire une.» En cas de problème, le conducteur doit prendre le temps d'appliquer les procédures.
Arrivé à Genève, François change de machine et prend les commandes d'une RE460. Avec ses deux locomotives et ses 356 mètres de long, le convoi n'a rien à voir avec la navette régionale. «C'est le mécanicien qui est maître à bord. Il va décider comment il freine, s'il utilise le frein électrique ou le frein pneumatique.»
Mise en service dans les années 1990, la locomotive rouge reste l'un des symboles des CFF. «Elle a quelque chose de mythique dans son apparence, dans le bruit et dans l'accélération», estime François. Il redoute déjà le jour où ces machines seront remplacées par des rames automotrices.
Des horaires qui pèsent sur le sommeil
Derrière la passion, le métier comporte aussi de fortes contraintes. Les conducteurs travaillent de nuit, le week-end et les jours fériés. Certaines prises de service commencent à 2h, 3h ou 4h du matin.
«On se retrouve à devoir se réveiller à 1h30, 2h ou 3h du matin. Et ça pèse sur le sommeil», reconnaît François. L'extension progressive des horaires ferroviaires renforce encore cette réalité.
Les conducteurs doivent également être préparés aux accidents de personnes. Après un tel événement, ils bénéficient d'un accompagnement psychologique et sont temporairement retirés du service. «Personne ne nous met la pression. On est bien accompagné.»
Le retour en cabine peut se faire avec un responsable, le temps de reprendre confiance. «On roule un petit peu avec la boule au ventre, mais avec les jours qui passent et l'accompagnement, on reprend confiance.»
En Suisse, près de 4000 conducteurs de locomotives assurent quotidiennement la circulation des trains.