Défense de Genève et critiques internes: le récit de la conférence de Céline Amaudruz
La Genevoise Céline Amaudruz est la première candidate à sortir du bois pour succéder au Vaudois Guy Parmelin au Conseil fédéral. Âgée de 47 ans, la vice-présidente de l'UDC Suisse et conseillère nationale a annoncé jeudi sa décision à la presse en mettant en avant l'importance d'une représentation romande.
"Ma décision est mûrement réfléchie. Je l'ai prise après avoir échangé avec mon époux, mes proches et les responsables de mon parti", a affirmé celle qui siège au Parlement fédéral depuis 2011. Le désistement récent d'une des favorites, la conseillère aux Etats Esther Friedli (UDC/SG), n'a joué aucun rôle.
"Parce que j'ai la Suisse au coeur et les Suisses dans le coeur, je suis prête à assumer cette responsabilité au service du pays", a affirmé la Genevoise qui s'est exprimée en quatre langues pendant la conférence de presse. Régulièrement citée parmi les papables, elle fait partie depuis des années des personnalités romandes les plus en vue au sein du premier parti du pays.
Un statut qui la pousse également à être claire sur la représentation d'un UDC francophone au gouvernement fédéral. Arguant de la cohésion nationale, Mme Amaudruz estime que ce serait "un problème" si tel n'était pas le cas. Il est important qu'un Romand ou une Romande figure au moins sur le ticket, selon elle. Dans le cas contraire, une candidature sauvage n'est pas envisagée pour le moment.
Sans dévoiler ses préférences pour un département en cas d'élection, Mme Amaudruz a insisté à la fois sur la Suisse qu'elle souhaite. "Economiquement" et "socialement" forte, "ouverte", "souveraine" et "sûre".
"Surprise" par les critiques de Roger Köppel
Quant aux chantiers, Mme Amaudruz considère pour le moment le dossier des Bilatérales III comme "l'enjeu" pour la Suisse. La conseillère nationale est une farouche opposante aux Bilatérales III. Mais si elle est élue et que le Conseil fédéral lui demande, elle ira défendre le projet avant la votation attendue en juin prochain.
Armée face à la guerre "à nos frontières", sécurité aux confins de la Suisse, pouvoir d'achat de la classe moyenne ou encore protection de l'agriculture tout en défendant les accords de libre-échange sont autant de thématiques pour lesquelles elle souhaite se battre. Mais auparavant, elle devra convaincre au sein de son parti, avant l'Assemblée fédérale.
Et elle a dû faire face dès cette semaine aux attaques de son ancien collègue Roger Köppel qui la considère comme une "erreur de casting monumentale" et un "poids plume". Sans vouloir s'étendre, Mme Amaudruz se dit "surprise", alors qu'elle est vice-présidente du parti depuis 2016 et que la présidence actuelle a souhaité qu'elle reste à cette fonction.
Féministe, elle s'est certes fait remarquer par des votes pas toujours alignés sur son parti par le passé. Sur l'égalité des salaires entre hommes et femmes, le mariage pour tous, au moment de l'initiative pour que l'avortement ne soit pas financé par des fonds publics, mais également sur le congé paternité et l'augmentation du nombre de crèches.
Pahud, Kolly ou Rickli attendus
Face aux questionnements sur la possibilité d'être conseillère fédérale tout en étant mère de deux enfants en bas âge, elle répond par la "sidération". "Quel message envoie-t-on à la population ? Quel message envoie-t-on aux femmes ?", demande-t-elle. Si elle est élue, elle sera "fière" de constituer un "exemple" pour les Suissesses. De son côté, Alliance F demande à l'UDC de présenter un ticket 100% féminin.
Mme Amaudruz deviendrait la sixième genevoise dans l'histoire du Conseil fédéral. Elue au Conseil national depuis 2011, deux ans après son accession au Grand Conseil, la Genevoise n'a jamais cessé d'être active dans la banque et la gestion de fortune jusqu'à présent en parallèle de ses mandats politiques. Auparavant, elle avait également été élue à Puplinge (GE) de 2011 à 2015. Elle est mariée au député UDC et fiscaliste Michael Andersen.
Celle qui veut désormais succéder à Guy Parmelin au Conseil fédéral a défrayé la chronique avec le Vaudois en 2016. Pincée en état d'ébriété au volant, elle avait reconnu avoir appelé le ministre. Le journal Le Temps avait ensuite affirmé qu'elle souhaitait que le conseiller fédéral discute avec l'un des policiers. La conseillère nationale avait été condamnée à une peine pécuniaire avec sursis.
Mme Amaudruz est la première UDC à s'annoncer comme candidate. Ses collègues vaudois Yvan Pahud et fribourgeois Nicolas Kolly sont intéressés et se prononceront dans les prochains jours. Parmi les favoris, la décision de la conseillère d'Etat zurichoise Natalie Rickli est très attendue. Les membres de l'UDC ont jusqu'au 23 octobre pour déposer une candidature. L'élection est prévue le 9 décembre prochain.