Genève

Des tests jugés insuffisants pour évaluer les conducteurs seniors

13.05.2026 19h44 Rédaction

OFROU

Une étude mandatée par l’OFROU et menée notamment par les hautes écoles spécialisées de Lausanne et Zurich remet en question les évaluations d’aptitude à la conduite des plus de 75 ans. Les chercheurs plaident pour une approche pluridisciplinaire afin d’éviter des retraits de permis injustifiés… ou trop tardifs.

Les tests cognitifs imposés tous les deux ans aux conducteurs de plus de 75 ans ne permettraient pas, à eux seuls, de prédire correctement le risque d’accident. C’est la conclusion d’une étude menée notamment par les hautes écoles spécialisées de Lausanne et Zurich.

«Les tests neuropsychologiques ne peuvent pas prédire qui va faire un accident sur la route», explique Isabel Margot-Cattin, professeure d’ergothérapie à la Haute école de travail social et de santé de Lausanne (HETSL). Elle nuance toutefois: certaines combinaisons de tests «peuvent se révéler tout à fait acceptables».

L’étude remet surtout en cause le fonctionnement actuel des évaluations médicales. Aujourd’hui, les médecins de niveau 1 en médecine du trafic — souvent les médecins traitants — doivent décider seuls si une personne âgée peut continuer à conduire.

Éviter les retraits «trop tôt» ou «trop tard»

Pour Isabel Margot-Cattin, l’enjeu est double. Il s’agit à la fois de garantir la sécurité routière et de préserver l’autonomie des seniors. «Quand on enlève un permis à quelqu’un, évidemment qu’on va le priver de conduire, mais ça veut dire aussi de se rendre dans des lieux importants, de se déplacer de manière autonome», souligne-t-elle.

Les chercheurs craignent autant les «faux positifs» que les «faux négatifs»: retirer un permis à une personne encore apte à conduire, ou au contraire laisser conduire quelqu’un qui ne devrait plus prendre le volant. L’étude recommande ainsi une évaluation standardisée et harmonisée entre les cantons, avec plusieurs niveaux d’analyse et l’intervention de différents professionnels de santé.

Des médecins jugés trop isolés

Selon les auteurs, le système actuel varie fortement d’un canton à l’autre. Ils proposent de mieux intégrer d’autres spécialistes dans le processus, notamment les neuropsychologues, les ergothérapeutes et les moniteurs d’auto-école. «Le médecin se retrouve très seul», estime Isabel Margot-Cattin. «L’idée est d’avoir de multiples regards par des professionnels différents.»

Mandatée et financée par l’Office fédéral des routes (OFROU), l’étude formule plusieurs recommandations pour renforcer les outils de dépistage utilisés par les médecins et mieux reconnaître le rôle des autres professions concernées par l’aptitude à la conduite.