Deux chauffards devant la justice suite à un rodéo routier mortel
Une cycliste a été mortellement fauchée par un chauffard sur la rue de Lausanne dans la nuit du 21 au 22 juillet 2023 à Genève. Un vélo blanc a été installé sur les lieux du drame en hommage à cette jeune femme (archives).
Photo: Keystone/SALVATORE DI NOLFILe procès de deux hommes accusés d'avoir participé en été 2023 à un rodéo routier qui s'est terminé par la mort d'une cycliste, fauchée à plus de 140 km/h, s'est ouvert lundi à Genève devant le Tribunal correctionnel. Les deux chauffards, âgés aujourd'hui de 36 et 26 ans, doivent répondre de meurtre.
"Je me suis senti regardé quand j'étais à l'arrêt", a déclaré le conducteur de la voiture qui a percuté la cycliste. "Mais mon but n'était pas de provoquer", a-t-il ajouté. Cet homme, 33 ans au moment des faits, conteste avoir participé à une course-poursuite. Il explique avoir voulu accélérer "pour le bruit" et pour montrer sa passion pour les voitures.
Dans quel but? "Une connerie de ma part", admet-il. Cet homme avait consommé de l'alcool ce soir-là. Mais selon lui, cela n'a eu aucune influence: "je me sentais bien, je n'étais pas saoul", explique-t-il au Tribunal. Questionné sur ses pointes de vitesse mesurées par les experts à 125 km/h sur les quais de la rive droite: il explique n'avoir jamais pensé être à cette vitesse. Ses souvenirs sont flous.
Les faits se sont déroulés la nuit du 21 au 22 juillet 2023, peu avant 2h00 du matin. Selon le Ministère public, les deux conducteurs qui ont chacun une passagère à bord se lancent dans un rodéo routier sur le quai du Mont-Blanc, enchaînant les accélérations et se dépassant à tour de rôle. Seuls les feux rouges et les radars les arrêtent. Ils continuent jusqu'à la rue de Lausanne. Le choc se produit juste après la plage de l'ONU.
Un "petit jeu"
L'autre homme, 22 ans au moment des faits, reconnaît pour sa part être impliqué "dans ce qu'on qualifie de rodéo". Mais il affirme être sorti de cette démarche avant le choc avec la cycliste. Selon ses déclarations, il a d'abord répondu à une provocation et est ensuite entré dans un "petit jeu" avec l'autre conducteur.
Il reconnaît une responsabilité morale dans la mort de la cycliste. "J'ai agi par impulsivité, sans réfléchir", ajoute-t-il. "J'étais jeune, j'avais une voiture sportive et je voulais accélérer avec", précise cet homme, qui avait l'habitude de filmer ses excès de vitesse "pour épater". Il a été testé positif à la cocaïne après l'accident, mais indique que sa consommation remontait à une dizaine de jours.
Une famille brisée
Ces deux passionnés d'automobiles, qui ne se connaissaient pas, étaient au volant de puissantes voitures de sport: une Nissan GRT (plus de 550 chevaux sous le capot) pour l'un et une Mercedes AMG pour l'autre. Lancé à plus de 140 km/h, selon l'expertise, le plus âgé a percuté la cycliste qui traversait la rue de Lausanne avant d'emboutir une voiture qui arrivait en sens inverse, blessant son conducteur.
La cycliste, qui avait 31 ans, a été projetée à 48 mètres. Elle est décédée sur le coup. Les parents de cette employée espagnole d'une agence onusienne ont raconté devant le Tribunal la douleur indescriptible et la souffrance sans fin de leur "famille en morceaux". La mère a évoqué la vie de sa fille qui "luttait pour les causes justes".
Le Ministère public estime que les deux chauffards ont consciemment adopté une conduite qui ne pouvait aboutir qu'à une issue fatale, dont ils se sont accommodés. Il retient le meurtre. Le réquisitoire et les plaidoiries sont prévus dès mardi après-midi et le verdict vendredi.
Tribunal fédéral
En 2013, un rodéo routier au centre de Genève avait déjà causé la mort d'un piéton et en avait très grièvement blessé un autre. Le Tribunal fédéral avait confirmé la condamnation pour meurtre par dol éventuel du principal protagoniste, une première dans le canton. Il avait été condamné à cinq ans de prison.