Éditorial - Affaire des promoteurs: le Ministère public dans le déni
Dans son éditorial, notre rédacteur en chef Jérémy Seydoux estime que le Ministère public genevois, incapable d’auto-critique dans le fiasco de l’affaire des promoteurs, déploie son énergie dans une compétition de vanité au lieu de soutenir les plaignants qui attendent toujours leur argent.
Revoir notre édition spéciale consacrée à l'affaire
«Fiasco, déroute, naufrage, débâcle, nombreux seraient les adjectifs pour qualifier ce qui s’est passé hier. L’humiliation pour le Ministère public est à la hauteur de son déni et sa désinvolture dans cette affaire.
Un dossier conduit n’importe comment, des méthodes d’instruction digne d’États totalitaires - on parle quand même d’écoutes illégales. Dérives, heureusement, que la justice n’a finalement pas manqué de sanctionner, même si les sommes jetées à la poubelle sont colossales.
Mais alors, côté Ministère public: aucune prise de conscience, aucune auto-critique, aucune excuse pour les dégâts causés à la collectivité et à la confiance portée en l’institution judiciaire. Jamais personne n’est responsable, jamais personne ne rend des comptes. Pourtant le patron a un nom: Olivier Jornot.
Et ça tombe bien, il est candidat dimanche à sa réélection. La saine démocratie directe en action qui l’a forcé, bien malgré lui, à se prêter au jeu médiatique, aux articles plus ou moins complaisants, et à un débat télévisé, moment de vérité lors duquel il a été incapable d’articuler une seule erreur commise en 14 ans de mandature.
Le culte de l’égo, qui fait des petits et qui se propage tel un virus au sein du Ministère public. Un égo, dans l’affaire des promoteurs qui nous intéresse, qui laisse sur la touche 188 plaignants toujours dans l’attente de leur argent. L’impression désagréable que toute l’énergie du Ministère public se déploie dans une compétition de vanité plutôt que dans le soutien aux victimes.
D’ailleurs, comme le président Trump, on ne s’embarrasse même plus de la vérité. Hier, communiqué du Ministère public, Yves Bertossa en charge du dossier, qui dit en substance que tout cela n’est que broutille et que le cours du dossier va reprendre rapidement comme si de rien n’était. Il ne faut pas perdre la face à quelques jours d’une élection cruciale. Tout se passait si bien jusqu’à présent, on avait même réussi à faire opportunément publier une histoire croustillante pour savonner la planche de l’adversaire.
Dans ces conditions, et sans sursaut, tout indique que Genève va encore en prendre pour 6 ans, au moins.»